AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 19:47


Annibal Gidéon Fitzgerald
« Get out of this house now,
Head for the horizon.
Tonight we take the town,
So pick your poison
»


NOM : FITZGERALD PRÉNOMS : Annibal Gidéon (histoire de pari perdu, sisi...) SURNOMS : Fitz AGE : 32 ans DATE DE NAISSANCE : 21 Juin 1982 NATIONALITÉ : Anglaise SEXUALITÉ : Peut-être. SITUATION AMOUREUSE : Je ne dirais pas qu'il y a de bonne ou de mauvaise situation... EMPLOI/ETUDES : Gérant du Red Dragon / Barman / Dessinateur raté NOM DU QUARTIER : Pacific Lane ANIMAUX DE COMPAGNIE : Aucun, mais une jolie plante arrosée quotidiennement avec amour. CHIFFRE PORTE BONHEUR : Porte ton bonheur tout seul, même s'il est lourd.


Gidéon est, en apparence, quelqu'un de très droit, censé, mature, et possède l'allure d'un parfait dandy parisien. Pourtant, s'il soigne son image, il fait tout pour ne pas avoir l'air, justement, trop "parfait" : les chemises trop lisses, très peu pour lui. Jamais il ne correspondra aux standards que ses parents ont essayé de lui imposer. Sa petite touche personelle lui donne un constant air décontracté et excentrique, et certains pensent même qu'il consomme quelques substances illicites. Non non, c'est juste sa manière d'être. Il est désinvolte et n'angoisse jamais ou que très rarement, dans des situations extrêmes qu'il aura d'ailleurs bien souvent choisi.
Responsable et relativement calme, il n'en reste pas moins un grand gamin blagueur qui a oublié de grandir. Il n'est pas rare de l'apercevoir, dans son appartement, une bière à la main, des Lego étalés sur le sol. Pourtant, en réalité, Gidéon est quelqu'un de fiable, très à l'écoute, à l'âme d'artiste. Il n'aime pas juger les gens, et fait partie de ces gens très ouverts d'esprit, qui parlerait à n'importe qui, loin de tout préjugé.
Il n'en reste pas moins fêtard : si à Manchester, il traînait à outrance dans les bars, à Huntington Beach, c'est toujours le cas. Son nouveau métier apporte cependant une nouvelle dimension à la chose ; plus professionnelle, où l'envers du décor l'oblige à se montrer plus mature et à moins profiter de la fête. Le milieu de l'événementiel, de la nuit, le fascine depuis longtemps. La faune y est totalement différente que celle que l'on croise la journée ; les regrets semblent pouvoir se faire oublier plus facilement, comme s'il s'agissait d'un rêve.

Sa passion, évidemment, prend une place importante dans sa vie et occupe bien souvent ses nuits : le dessin, plus que tout, reste l'amour de sa vie ; moyen d'expression privilégié pour le trentenaire, il vit à travers elle. L'expression n'aurait pu être mieux choisie, puisque depuis sa jeunesse, Gidéon suit la ligne directrice qu'il a imposé à ce qui, à la base, est l'un de ses personnages : ce personnage, qui n'a jamais vu le jour pour le grand public, et qu'il a surnommé Fitz, est une sorte d'exemple pur lui. Il semble parfait, un réel héros aux yeux de Gidéon, qui fait tout pour lui ressembler, si bien que parfois, le barman semble tout droit sorti d'une bande dessinée. Par extension, le dessinateur rêve une vie remplie d'aventures, de changements, d'expériences folles. Il rêve de sauver des gens, de se sauver lui-même ; d'être courageux, et même téméraire. D'être indispensable, de faire partie de la vie de tout le monde, sans non plus s'y imposer. D'oser. D'être emblématique dans la vie de nombre de gens tout en parvenant à rester indépendant émotionnellement. Mais en réalité, Gidéon s'attache vite, ose mais se pose des limites. Il ne parle que très peu de lui-même et de ce qu'il ressent, et au final, en cela, est assez renfermé sur lui-même. Il est difficilement cernable et son regard reflète la réalité qui l'entoure davantage qu'il ne laisse transparaître son psychisme.

Au niveau sentimental, Gidéon n'arrive pas à se stabiliser, mais n'en a pas réellement envie, finalement, pour le moment. Il se consacre exclusivement à son emploi et aux nouvelles rencontres amicales qu'il lui apporte.

Enfin, si l'on devait résumer la chose, l'on peut affirmer que Gidéon est quelqu'un de calme, peut être quand même un peu distingué malgré lui, au style reconnaissable entre mille. Par définition, il est ce mec sympa à qui l'on aime se confier sans exactement savoir pourquoi. Il aime charrier, son désordre organisé, sourire quelles que soient les circonstances, ses habitudes mais aussi ce qui lui changent de son ordinaire, les vieux films qu'il regarde sur cassette (sisi), son vieux Polaroïd qu'il garde précieusement derrière son bar, lire le journal avec un café noir à la française, les balades sur la plage au coucher du soleil (haha, bon à la base, c'était une blaguounette, mais franchement, qui n'aime pas?). Le trentenaire est parfois impulsif, songeur, têtu, charmeur. Il ne se laisse pas marcher sur les pieds et a un caractère bien trempé.
Il est aventureux mais pas inconscient, courageux mais pas vantard, bavard mais discret, enjôleur mais mystérieux, aime les fleurs mais n'est pas un romantique, hyperactif mais pas stressé, et finalement, toujours à la recherche de qui il est.



Nous avons tous un passé, un présent et un futur.

PARIS. SEPTEMBRE 1971.
Une jeune femme brune, à l'allure impeccable, vient d'être diplômée. On considère qu'elle est capable de gérer. Gérer on ne sait trop quoi, au final. Mais ce papier qu'elle tient, serré dans une pochette en carton contre sa poitrine, prouve qu'elle peut gérer. Elle est heureuse. Elle quitte le monde étudiant sans trop de regrets. Elle est très mature pour ses 23 ans ; elle ne traîne pas avec ses camarades de promotion, qui aiment trop sortir dans les bars. Elle, elle songe à son avenir. Elle rêve de grandes choses, de voyages, de projets fous, de rencontres décisives. Elle aime croire que son existence ne se résumera pas au métro parisien bondé, aux terrasses de cafés noyées dans la pollution de la capitale, aux amis qui passent en coup de vent dans sa vie puis l'abandonnent par lassitude ou par simple oubli. Oh oui, elle aime croire qu'un jour, un homme admirera sa ténacité, ses ambitions, son côté casanier, son amour des bons mets et des promenades un beau jour d'été. Qu'elle sera passionnée par son emploi, heureuse de se lever la majorité des matins et fière de ses accomplissements et de la personne qu'elle sera lorsqu'elle se fera face dans un miroir.
Lorsqu'elle s'assied dans le métro, ce diplôme serré contre elle, Agnès Leroy sait qu'elle ne restera pas en France longtemps. Et en entendant deux Anglais parler non loin d'elle, elle prend la décision de traverser la Manche.

MANCHESTER. DECEMBRE 1971.
Le trentenaire David Fitzgerald ferme à clé la porte de son restaurant. Il est presque trois heures du matin. L'homme parait paisible, mais en réalité, dans son esprit, c'est l'apocalypse. Il vient de faire les comptes à la lumière de sa petite lampe d'architecte : son affaire coule. Il est débordé. Ses serveurs, il ne sait pas s'il va tous pouvoir les garder. Mais il ne se voit pas annoncer à cette jeune étudiante, à ce père célibataire ou à ce passionné surdiplômé et déja sous-payé qu'il va falloir quitter l'établissement.
Alors lorsque ses pas résonnent dans la nuit calme et sombre de Manchester, David est plongé dans les entrailles de ses pensées. Il cherche des solutions. La silhouette du grand et mince brun se noie peu à peu dans la brume anglaise, abandonnant pour quelques heures son restaurant, son enfantement, l'aboutissement de tant de travail et d'amour. Ce que l'homme considère comme l'oeuvre de sa vie.

Sa clé d'appartement fait un petit cliquetis qui sort le cuisinier de sa torpeur et du silence assourdissant qui l’oppresse depuis des heures. Ce bruit aigu, presque léger, le rappelle à la réalité. Pourtant, c'est la gorge serrée qu'il claquera la porte derrière lui, posera son trousseau sur la table du minuscule hall d'entrée. C'est la gorge serrée qu'il choisira de ne pas prendre de douche, complètement exténué et trop angoissé, et c'est la gorge serrée qu'il se glissera sous les couvertures de son canapé après avoir allumé la télévision pour regarder les informations du jour que l'autre bout du monde était en train de vivre. Il s'endormira devant, comme il le fait bien souvent.
Il se réveillera aux aurores avec pour réveil le générique des informations de 07:00. La bouche pâteuse, il poussera ses couvertures et partira se faire un café. La nuit porte conseil dit-on bien souvent. Foutaises. David est anéanti par la tournure que prend son quotidien ; son rêve de gamin est devenu un cauchemar. Il est seul : il n'est pas marié, comme le sont la plupart de ses amis, n'a même pas de petite amie. Ses parents sont loin de là, ils ont déménagé à Exeter il y a quelques temps pour profiter de leur retraite. Il travaille beaucoup, et les personnes sur qui il pouvait compter se sont lassées de l'attendre, de n'échanger que quelques nouvelles par téléphone.

PARIS. JANVIER 1972.
Une belle brune, élancée, au chignon parfait et à la robe droite verte choisie avec soin, serre dans ses bras sa soeur et sa meilleure amie. Puis fait la bise à ses parents, avant d’attraper sa modeste valise, et de leur tourner le dos, puis de marcher, la démarche assurée, vers le train qui l'emmène jusqu'au nord de la France. L'excitation est palpable sur son visage ; autour d'elle, le bruit du départ lui apporte sérénité et stimulation. Ca y'est. Le grand jour est venu. Ses parents l'ont aidée, mais elle part à Londres. Elle fera ce qu'il faut pour trouver un travail. Elle n'est pas encore bilingue mais ne s'en fait pas : elle est prête à beaucoup. Elle est jeune diplômée, a économisé à la fin de l'année dernière. C'était sans doute son dernier nouvel an dans l'hexagone, et à cette idée, la jeune femme sourit avant de rentrer enfin dans le wagon qui la rapprochera de l'ile britannique et de sa nouvelle vie.

Glósóli;;Sigur Ros.

C'est la nuit. Agnès Leroy est accoudée à la barrière du ferry qui la transporte vers les falaises de Douvres. Elle ne les aperçoit encore que très peu, illuminées par la lune pleine qui surplombe l'énorme bâteau, ses quelques occupants fatigués et les vagues qui les entourent. Elle a le sourire, alors qu'elle sent le vent froid dans ses cheveux et profite du chant de l'eau autour d'elle. Elle le sait, c'est le calme avant la tempête. Un petit moment de poésie comme elle n'en aura surement pas avant longtemps. Elle quitte une capitale pour en rejoindre une encore plus grande, et elle sait que ce sera cher, bruyant, bondé, malodorant, solitaire. L'hôtel qu'elle a réservé pour les semaines à venir semble relativement miteux, perdu entre l'arrêt de métro de Bethnal Green et Shoreditch. Pourtant, elle n'est pas stressée outre-mesure. La jeune femme possède une grande confiance en elle-même, et n'en a jamais manqué. Elle a le regard d'un conquistador et le sourire d'une enfant qui devient l'adulte qu'elle veut être. Elle n'a peur de rien.

MANCHESTER. FEVRIER 1972.
David est dans son restaurant. C'est le matin, l'établissement est fermé. Il met au point le nécessaire pour servir le déjeuner dans quelques heures. Il a dû renvoyer un employé, et son père célibataire ne travaille plus qu'à mi-temps. La fin d'année fut rude, les fêtes ne lui apportèrent pas ce qu'elles promettent : les joies, la prospérité. Pourtant, dans la restauration, cette période est importante. Pour lui, elle n'a rien changé. Du moins, pas positivement. Depuis le nouvel an, le trentenaire a ce regard triste et fatigué de ce jeune adulte devenu un homme découragé par la réalité. Ce jeune adulte obligé de refuser jusqu'à un simple entretien avec de potentiels employés.
Pourtant, on frappe à la porte du triste restaurant. Il lève la tête de ses victuailles, étonné de voir le silence ambiant rompu. Il est dans les cuisines, et met un moment à réagir, puis à faire les pas qui le séparent de la porte d'entrée, lourde de son vieux bois. Le grand brun finit par l'ouvrir, dévisageant la jeune femme qui lui fait face.

Elle semble jeune. 25 ans tout au plus. Elle a le regard éclatant, le sourire de la jeunesse démonstrative, et un visage de jolie poupée soignée. Son regard marron est souligné d'un discret trait noir. Elle est habillée simplement mais avec distinction. Lui, en face, encore plongé dans ses pensées, a l'air moins enthousiaste, caché sous sa veste de costume en vieux tweed et son jean trop grand pour cet homme svelte.
La belle brune, ne se démontant pas, lui explique qu'elle l'avait appelé, lui avait envoyé lettre de motivation et curriculum vitae. Elle vient de Londres, où elle n'a pas trouvé de travail à son goût, les loyers sont trop chers et vivre à l'hôtel l'a vite lassée. Elle a choisi une ville plus modeste, plus à son goût. L'accent est différent de celui de Londres, elle a un peu de mal mais sait qu'elle s'y fera. Voir un nouveau paysage ne lui déplait pas, loin de là. Elle est bien loin de Paris, ses accordéons et son métro décoré style Art Nouveau.
David ne sait pas trop ce qu'il fait, mais devant la détermination de son interlocutrice, la laisse entrer. Il lui montre une table, à laquelle elle s'assoit, puis va derrière le bar, lui servir un café.
Finalement, il s'assoit en face d'elle, le regard toujours las. Mais elle ne se laisse pas démonter. Elle lui fait une belle tirade. Elle a bien été formée, cela va sans dire. Son aisance à l'oral est parfaite ; ses phrases sortent naturellement de sa bouche mais sont irréprochables, malgré un accent français encore marqué, laissant deviner une arrivée en Grande-Bretagne récente. Il ne dit rien, écoute. Elle veut un travail, cela semble bien clair. Il passe sa main dans ses cheveux quand elle a fini de parler, lui lâche un petit sourire. Il est désabusé. Il ne sait que faire.
Après un nouveau soupire, il lance un faible sourire à la jeune femme qui lui fait face, puis commence, lentement, presque trop timidement venant de sa part, à lui expliquer la situation. Il lui montre à quel point son restaurant est triste en lui-même, à quel point les circonstances qui l'entourent ne le sont pas moins. Davantage encore, il avoue être lui-même dépassé ; il raconte comment il a dû prendre les devants. Elle écoute, passivement, mais intéressée. De temps en temps tout de même, Agnès hoche la tête, plisse les yeux.
Oui, elle écoute.
Leur discussion durera des heures : d'abord professionnelle, elle tournera dans un premier temps autour de la reconstruction, de fond en comble, de l'établissement de David. Agnès, avec sa jeune fougue, sa prestance, ses arguments de jeune diplômée, ses idées un peu saugrenues mais tellement marketing, marquera des points. Ce restaurant aux allures de brasserie bon marché, confortable mais ne payant pas de mine, mérite davantage ; il vaut des clients souriants, qui prennent la peine de bien se vêtir en y rentrant, qui admirent le décor, se sentent choyés par chaque interaction avec le personnel et les denrées qu'ils lui apportent. Plus la jeune femme en parle, plus David perçoit des étoiles étinceler dans ses yeux. Elle ne s'arrête plus. Il va lui faire goûter sa cuisine; comme s'il lui ouvrait les portes d'un château bien gardé, il sent qu'il se confie énormément à cette inconnue française, à l'accent à couper au couteau (sans mauvais jeu de mots, haha).

Bigger Than Us;;White Lies

Le Mancunien tombera vite sous le charme de cette française sûre d'elle, toujours sure d'elle, quelles que soient les conditions. Il aimera vite cet accent que ses oreilles apprivoiseront, il appréciera rapidement ses manières délicates et raffinées, qui lui rappellent les siennes. Il se surprendra plus vite qu'il ne l'aurait songé, à rêver de la serrer dans ses bras, quelques minutes après la fermeture du restaurant. Il ne l'embauchera pas tout de suite, mais elle lui rendra visite très souvent. Elle a trouvé un petit travail alimentaire, et un modeste appartement. Ils se voient souvent. Peu à peu, le cuisinier reprend goût à son métier, se souvient pourquoi il l'aime. Son lieu de travail change du tout au tout rapidement. Ce projet, c'est leur premier projet commun. Ils sont presque inséparables, deviennent bons amis. Tous les deux, ils aiment les mêmes choses : la simplicité, mais également les belles choses. Ils sont distingués et fiers. Le duo de choc se retrouve bien souvent, dans le restaurant, autour d'un café. Agnès devient en quelques sortes une espèce de fantôme du restaurant, qui prend de plus en plus des allures d'établissement super chic typiquement parisien.

MANCHESTER. FIN AOUT 1973.
C'est la soirée d'ouverture du Bel-Ami.
Agnès est assise dans un vieux mais confortable fauteuil en cuir chez David, un verre de champagne à la main. Il est en face de lui, et la regarde avec insistance. Elle ne se laisse pas démonter. Tous les deux sont majestueux. Il est habillé très élégamment, dans son costume neuf pour l'occasion, ses cheveux bouclés sont impeccablement coiffés mais lui donnent toujours cet air indocile. Agnès, elle, croise les jambes, mais dès qu'elle se lèvera pour suivre David, l'on pourra se rendre compte que la robe qu'elle porte met ses formes en valeur ; longue jusqu'à en traîner sur le sol, noire, remplie de dentelles jusque dans son cou, elle est marquée à la taille par une épaisse ceinture en velours. Ses cheveux sont tirés en un chignon désordonné et ses iris sont accentuées par un trait d'eye-liner lui donnant un regard de biche.
Ils se sont retrouvés avant la tempête pour savourer cette première victoire : celle de l'existence même de cette soirée. A deux. Les employés sont sont déja à pied d'oeuvre au Bel-Ami. David les rejoindra bientôt. Mais ce projet, ils l'ont mené à bien ensemble. Sans Agnès, il n'aurait jamais retrouvé l'espoir de construire quelque chose qui le rende fier. Ils ont trouvé un nouveau local, ils ont repris la décoration comme si il n'y avait jamais eu le restaurant précédent. La jeune femme a apporté une french-touch certaine, mais surtout, elle lui a apporté l'envie de changer de catégorie. David est reconnu comme grand cuisinier. Le Bel Ami sera chic, un lieu de retrouvailles de la haute société.
L'ambiance y est apaisante lorsqu'ils passent le pas de la porte. Pourtant, David sent la tension de ses employés lorsqu'il pénètre dans la cuisine. C'est la première fois qu'il va officiellement faire goûter son interprétation de la cuisine française à des clients. La crème de la crème de Manchester, soit dit en passant. Alors, il va sans dire qu'il est un peu tendu. Mais il sait qu'il réussira ce défi. C'est un de leurs grands points communs, avec Agnès : il déborde de confiance en lui et ses capacité. Alors il cuisine, la tête haute, vocifère des ordres à ceux qui travaillent avec lui. C'est lui le Chef.
Agnès, elle, est assise au bar, profitant de la lointaine musique de fond, un classique de jazz repris au piano. Les lumières tamisées, produites par de grands lustres anciens, apportent une chaleur à l'immense pièce, haute sous plafond. Les nombreux miroirs, tous différents mais accordés, agrandissent la salle, prise en étau au milieu de boiseries soignées. Le côté parisien d'Agnès a pu s'exprimer puisque l'Art Nouveau joue un grand rôle dans les ornements de la pièce. Derrière le bar, le barman s'affaire. Agnès ne peut s'empêcher de sourire, sereine et confiante. Comme toujours.

Quelques heures plus tard, au milieu de la nuit, l'équipe du Bel-Ami se congratule. Le Chef est fier de ses employés ; la soirée de lancement fut une réussite. Les venues furent nombreuses, les compliments également. On l'a félicité pour son travail, il a présenté Agnès comme étant sa collègue. Elle l'est. C'est leur affaire, à eux, à présent. Il en est heureux. Elle l'a aidé, plus qu'il n'y parait. Il revit grâce à elle. Si bien que, lorsqu'une fois de plus, ils se retrouvent face à face sur une table d'un restaurant qu'ils auront l'honneur de fermer lorsqu'ils le décideront, le regard de l'Anglais n'est plus la même pour celle qui maintenant, travaille officiellement avec lui. Elle le comprend tout de suite, et laissé échapper un sourire charmeur. Ils ne sont plus que tous les deux, mais la musique continue de tourner. Il se lève, fait un pas vers elle, puis lui tend la main. Elle comprend, alors elle aussi, se met debout. Ils commencent à danser, lentement, sensuellement. Le visage d'Agnès est reposé sur l'épaule de David. Elle sent sa respiration, c'est agréable.
En cette fin d'été 1973, une nuit humide mais chaude, alors qu'ils sont seuls dans ce décor de conte de fée, David Fitzgerald et Agnès Leroy échangent leur premier baiser.

Sugar;;Editors

Les années qui suivirent furent merveilleuses. Ils se découvraient encore au quotidien, alors qu'ils travaillaient au restaurant. David épatait perpétuellement Agnès en élaborant de nouveaux plats, en lui faisant goûter ses trouvailles. Elle, elle gérait l'entreprise que la chose était devenue : un vrai business comme elle en avait toujours rêvé. L'affaire marchait bien. A dire vrai, Le Bel Ami devint rapidement une des références de Manchester en ce qui concernait la restauration de luxe. Vous savez, ces établissement où l'on vous prend votre manteau lorsque vous pénétrez dedans, dans lequel on vous présente votre plat lorsque vous le recevez à votre table, que l'on vous fait goûter votre vin. Ici, on échange des politesses à longueur de temps, on est propres - très propres-  sur soi : on sent bon, on est toujours bien coiffés, maquillées -pour les femmes- avec élégance. On prend soin du détail, au Bel-Ami. Le client est roi. Le client, d'ailleurs, n'y est pas un client lambda. Il s'agit de la bourgeoisie locale. Les touristes fortunés s'y rendent également régulièrement. David commence à avoir ses habitués.
Entre David et Agnès, tout semble idyllique. Ils se ressemblent énormément, et se comprenaient sans se parler. Ils font partie de ces couples fiers, peu expansifs mais qui s'aiment passionnément. Ils ont ce côté extrêmement professionnel qui parfois, dérange. On a du mal à se lier réellement d'amitié avec eux. Ils en deviennent presque hautains, là, comme ça, cachés dans leur bulle, leur microcosme, leur petit univers. Rien ne semble pouvoir leur résister. En voyant défiler la bourgeoisie anglaise - voire étrangère -, ils en deviennent presque eux-mêmes une caricature du raffinement extrême, celui que l'on voit de loin sans oser l'approcher tellement il en devient gênant face à une réalité rude, implacable.
Ils finissent par habiter ensemble, puis acheter un immense appartement, refait à neuf à l'aide d'un architecte en vogue. Si Agnès perd de plus en plus son accent français, elle éprouve toujours une immense affection pour sa terre natale. Elle en parle souvent à son compagnon, si bien qu'avec la petite fortune qu'ils amassent - ils ne croulent pas sous l'or mais sont bien loin d'être dans le besoin -, ils prévoient de nombreux voyages en France. La jeune femme, plus mature mais toujours aussi belle et gracieuse, présente le cuisiner à ses parents.
Il apparaît finalement assez rapidement - au bout de quelques années -, que malgré des egos qui parfois s'entretuent, Agnès et David vont passer leur vie ensemble, ou si ce n'est pas le cas, au moins une grande partie.

MANCHESTER. FEVRIER 1979.
Agnès revient d'une visite chez ses parents. Elle sort de l'avion. Le vol n'a pas été long mais elle est épuisée. La fatigue est présente dans chaque parcelle de son corps. Ce qui était censé être des vacances s'est révélé plus exténuant que prévu. Ses parents la voient si peu, que lorsque la presque trentenaire va voir ses parents, ils la comblent d'activités. Elle revoit sa meilleure amie d'enfance, elle sort plus que lorsqu'elle était plus jeune. Oh, ne vous y détrompez pas, on ne la croise pas dans des bars à la population étudiante. Non, avec son rang et son air impérieux, la gérante ne sort que dans les lieux de la haute de Paris. Elle s'habille de robes de grands couturiers et ne se prive pas de bouteilles coûteuses. Elle profite de Paris, redécouvre le métro, l'ambiance nocturne, les croissants, le bon vin français.
Lorsqu'elle sort de l'aéroport, la femme se place sans attendre à l'emplacement pour attendre un taxi. David travaille et ne peut guère se déplacer pour venir la chercher. Pourtant, il l'appelle. Il est environ 15 h, il est en pleins préparatifs pour la soirée.
" Non, ne le fais pas ce soir. Je dois être là, tu le sais. "
" Je suis grand! Tu l'as goûté, tu sais qu'il va nous rapporter gros. Je te dis, les Smith sont là, c'est une occasion en or. "
Agnès soupire. Il ne l'écoute jamais!
" On ne lance pas un plat comme ça, sur un coup de tête! On doit prendre le temps, faire les choses bien! Oui, c'est une assiette magnifique, je te l'accorde, mais tu sais que c'est aussi une question de... " Elle cherche ses mots, ferme les yeux. Mon dieu qu'elle est fatiguée. Elle en perdrait presque son souffle, comme ça, à s'égosiller au téléphone, alors que les voitures passent à quelques mètres d'elle, faisant gronder leurs moteurs. " ... de marketing ! Merde, c'est mon job ! " Elle ne jure pas souvent, mais elle commence à s'énerver.
Elle en perdrait presque le souffle.
C'est comme ça que cela marche entre eux. Ils se ressemblent tellement que c'est difficile d'en voir un flancher devant l'autre. Ca hurle de plus en plus fréquemment entre eux. Le ton hausse de plus en plus fort. Leurs retrouvailles vont être électriques, elle le sent. Il pense certainement qu'elle va céder, parce qu'elle lui revient surement de bonne humeur de la capitale française et de son foyer parental. Mais non. Agnès a toujours son caractère bien trempé, calculateur, perfectionniste. Elle ne lâchera pas l'affaire. " Ne t'avise pas de faire ça. Tu sais que c'est une bêtise, bon sang !! Les Smith reviendront !! "
A l'autre bout du fil, la voix masculine du cuisinier hausse le ton également. On sent que sa patience a des limites, que la cuisine, c'est SON domaine, et qu'il sait ce qui va marcher, et quand. Il faut dire que les Smith ont découvert grâce à lui les escargots, et qu'ils adorent. Ca tombe bien, ce nouveau plat en contient...
David ratiocine, sa voix est coupée par quelques grésillements mais reste forte. Il va chercher loin. Il ne se laissera pas abattre par sa compagne; elle a ses droits, elle le sait, mais elle ne cuisine pas. Le cuisiner, c'est lui. Ses créations sont sa façon de s'exprimer, un art à part entière. Il veut les partager, et ça n'a rien à voir avec un quelconque caprice, comme elle a l'air de le penser. Le quasi quarantenaire, toujours aussi vif, vocifère, debout derrière le bar, alors qu'un cahier rempli de notes y est posé, attendant le résultat de l'échange. Son propriétaire commence à lever les bras, à hurler avec son accent. Son monologue le rassure presque, comme si elle entendait ses arguments, comme si elle songeait vraiment à sa demande, comme si elle le prenait au sérieux.
Il était emporté, ce jour-là. Ce jour de février 1979. Ce jour où le froid était presque trop pesant dans les rues de Manchester, où la brume ne s'était pas levée de la journée, apportant une ambiance comme fantomatique à la ville.
Ce jour où, tellement impétueux, David Fitzgerald n'entendit pas le bruit, au bout du fil, qui pourtant aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Le bruit d'une chute, lointaine à l'appareil, mais pourtant certainement bien audible. Il ne percuta pas que ce n'était plus la voix de la Française qu'il pouvait reconnaître. Ce n'était que des voix floues, distantes. Un brouhaha.
Elle en avait perdu le souffle.
S'était écroulée; un chauffeur de taxi était sortit en trombe de son véhicule, un homme d'affaire avait raccroché son téléphone. Elle, elle s'était agrippée au sien, seul contact avec l'homme que malgré tout, elle aimait.
Elle, Agnès, cette femme toujours impassible et à l'allure digne, avait eu une crise cardiaque l'année de ses 32 ans.

Atlas;;Coldplay

Aujourd'hui encore, David pourrait vous raconter comment cela s'est passé. Comment on a appelé les urgences, comment on l'a emmenée à l'hôpital. Il pourrait surtout encore vous dire, à quel point cet homme avait changé le cours de sa vie, simplement en croisant son chemin. Sa vie d'homme, sa vie actuelle, n'a dépendu que d'un seul homme.
Alors que David avait accouru à l'hôpital, laissant loin derrière lui les escargots et les Smith, il ne savait pas que la vie de sa compagne se jouait réellement. Il ne le sut que tardivement, arrivé après la bataille. Il s'en veut encore aujourd'hui, de l'avoir énervée, poussée à bout, et de ne pas avoir été là. Celui qui le fut à sa place porte le nom de Lyle. Lyle Buckley est l'homme qui lui sauva la vie. Ce cardiologue professionnel et consciencieux. Le coeur d'Agnès avait lâché, il y avait des précautions à prendre. On lui posa des questions, on lui fit des analyses. Il faudrait peut-être lui poser un pacemaker. Toutes ces informations, David les apprenait de loin, comme s'il regardait les informations télévisées. Il était spectateur de la vie de sa compagne. Et il se rendit compte à quel point il l'aimait, à quel point la voir ainsi, vulnérable, le touchait au plus profond de lui. Il dut l'admettre, il en était amoureux. Il ne dormit pas pendant des nuits, ne se nourrit plus jusqu'à apprendre qu'Agnès était hors de danger. Et il n'aurait jamais pu le faire sans Lyle. Lyle, cet homme qui lui ressemblait beaucoup, au final, avait su trouver les mots pour le rassurer.
Il y eut un suivi. Régulièrement, le couple dut se rendre dans le bureau du médecin, échanger sur le rétablissement d'Agnès. Ils s'ouvraient de plus en plus au Dr. Buckley, lui parlaient de leurs inquiétudes. David, toujours meurtri par ce qui était arrivé à Agnès, laissait échapper ses pensées et ses craintes plus facilement qu'il ne l'aurait souhaité. Pourtant, le Dr Buckley, jamais, n'esquiva une question, ne le prit de haut, ne toisa ce restaurateur nouveau riche et hautain. Jamais il ne laissa tomber ce couple hors norme, fatigué mais à l'apparence toujours impeccable et noble. A dire vrai, les deux hommes s'entendaient bien. David apprécia son travail, heureux de retrouver sa femme, conscient de la chance qu'ils avaient eu.

MANCHESTER. NOVEMBRE 1979.
David s'active en cuisine. Les couverts produisent ce chant auquel il est tant habitué et qu'il apprécie tellement. Les fourneaux, eux aussi, font du bruit, plus assourdissant peut-être; le quarantenaire donne des ordre à ses employés qui courent partout. On lui rapporte régulièrement des assiettes, pour la plupart vides, et il en est fier. Ce soir, il lance son plat aux escargots et ... les Smith sont là.
Mais ce n'est pas à eux qu'il parlera le plus ce soir-là.
Agnès, elle, comme bien souvent, offre la grâce de sa présence en salle. Les mains liées, l'air distant mais chaleureux, elle se promène dans l'établissement, vérifiant que tout se passe bien, inspectant les réactions des clients, les saluant de temps en temps, les accueillant tous. Elle n'a pas repris le travail depuis bien longtemps, mais elle ne pouvait plus attendre. Elle aime trop ce qu'elle fait. Elle s'assied donc plus que d'accoutumée, demande régulièrement des verres d'eau au bar. Pourtant, elle ne perd rien de sa distinction et de son sourire. De temps en temps, elle va faire un tour du côté des cuisines, où sont compagnon l'émerveille, si passionné par la création de ses mets qu'il en est presque attendrissant.
Mais cette soirée-là, au-delà d'être celle de l'introduction du nouveau plat aux escargots, sera celle où leur vie va prendre un nouveau tournant.
Mr et Ms Buckley rentrent au Bel Ami. Agnès, comme pour chaque nouveau client, se dirige vers la lourde porte, pour les saluer. Elle ne les reconnait pas de suite, mais en croisant le regard du cardiologue, son visage s'illumine davantage encore. La Française le reconnaîtrait entre mille, son sauveur. Elle l'a rencontré un nombre incalculable de fois, et même si David, encore plus qu'elle, semble l'apprécier et être reconnaissant pour son travail, il est pour elle ce qui se rapproche le plus d'un confident. A ses côtés, une belle femme lui tient le bras. Tous les deux sourient.
La gérante va les saluer chaudement. Après quelques politesses échangées, elle leur montre une table et s'éclipse aussi discrètement que possible en cuisine. David et elle se mettent d'accord : la note sera pour la maison.
La soirée se déroule ainsi, agréable, remplie de sourire malgré une Agnès fatiguée mais imprudente, à ne lésiner aucun moyen, ne s'accorder aucune pause. Mais c'est peu avant la fermeture de l'établissement, alors que seulement quelques tables encore sont occupées, dans cette ambiance qui se fait alors encore plus intimiste et paisible. On entend, au loin quelques voix basses, quelques chuchotements, et une chanson de jazz jouée au piano. Les pas d'Agnès, feutrés sur la moquette bordeaux du sol, se dirigent vers le couple Buckley. Après les avoir laissés seuls le repas durant, enfin, elle se permettait de parvenir jusqu'à eux. Elle leur annonce que la note est pour eux. Ils commencent à discuter. Le Dr Buckley demande des nouvelles de son cœur ; elle répond honnêtement, sans en rajouter des couches. Puis elle entend la voix de celle qui accompagne le cardiologue. Une voix énergique, féminine, assurée. Elles commencent à parler, à se découvrir des points communs.
Les derniers clients partent peu à peu.
Au bout d'une heure, il ne reste que leur table de trois, que rejoindra David, cherchant Agnès.
Et c'est ainsi que les deux restaurateurs inabordables, perfectionnistes, ambitieux et humainement abhorrés trouveront enfin des amis ; ces individus qui vous acceptent tels que vous vous présentez à eux, et à qui vous pouvez le rendre avec toute votre affection.

80's Life;;The Good, The Bad & The Queen

Leur amitié fut quelque chose qui unit les deux couples au-delà de toute espérance. Alors que David et Agnès se pensaient solitaires à jamais, voilà qu'ils avaient trouvé des compagnons de voyage. Agnès devint rapidement très bonne amie avec Juliet : leurs ressemblances devinrent frappantes et leur relation évidente, si bien qu'elles organisèrent, sans trop demander l'avis de leur compagnon respectif, des dîners à quatre. Ils en mangèrent, des mets de David à leur appartement, ils en burent, des verres de vins, des verres d'alcool en tous genres. David et Agnès prirent confiance en l'amitié qui les liait au médecin et son épouse. Les deux hommes finirent même par faire des soirées foot, au stade ou devant la télévision pendant que les dames discutaient autour d'un bon verre plus loin.
La complicité se liait sur leurs visages, leurs rencontres devinrent moins formelles : ils se créaient peu à peu une petite bulle, une petite famille de substitution. Agnès en parla à ses parents comme du plus beau cadeau qu'elle eut jamais reçu de la vie, en dehors de David et du Bel-Ami. Juliet était son alter-ego, Lyle semblait être celui de David. Ils aimaient les belles choses, les bons produits, prendre soin d'eux, de leur apparence. Ils étaient du même monde, cette bourgeoisie en vogue dans Manchester, celle qui ne rit pas à gorge déployée en public mais qui se surprend à développer de proches liens avec quelques personnes lorsqu'elle s'y attend le moins.
Alors, lorsque David fait sa demande en mariage à Agnès, c'est évident : Lyle sera témoin, Juliet demoiselle d'honneur. C'est aussi simple que cela. Aujourd'hui encore, ils rigolent de cette soirée luxueuse, où la robe de princesse d'Agnès avait fini arrosée de champagne, où les pas de danse des deux hommes avaient fait rire leur public, où Mme Fitzgerald avait dansé jusqu'à en perdre le souffle, obligée de s'asseoir en catastrophe sur une chaise pliante dans un coin de pièce, sous l’œil inquisitoire de Lyle. David lui avait apporté un verre d'eau, aux petits soins, puis l'avait ramenée sur la piste de danse, où cette fois-ci, l'ambiance était beaucoup plus posée.
La franco-anglaise avait invité sa meilleure amie d'enfance, mais plus que jamais, elle avait senti entre elles une distance certaine. La jolie mais timide Lola était devenue institutrice dans le sud de la France ; leurs mondes, leurs espoirs s'étaient éloignés. Elles n'avaient plus rien à se dire. Pourtant, le regard que Lola lui avait lancé lorsque la nouvellement épouse de David lui avait présenté ses amis reste encore gravé dans sa mémoire : elle y avait presque lu de la déception. Un au revoir cruel mais triste.
Ce genre de regard furtif mais qui vous marque.
David, lui, avait passé de beaux moments de complicité avec ses frères, souriant comme il le faisait si rarement : des sourires simples, sans artifices, sincères. Il avait rit aux éclats. Il avait mangé des mets qu'il n'avait pas créé, modifié sans cesse. Il avait profité de la vie. Jamais Agnès ne l'avait vu ainsi, et jamais, sans doute, elle ne le reverrait sous ce jour. Mais peu importait. Cette soirée avait été la leur. A  eux deux, dans ce modeste château ; petit mais magnifique, avec ses jardins calmes, son parquet qui craquait lorsque l'on s'éloignait du salon où la musique s'élevait, ses plafonds hauts. Jamais Agnès ne s'était sentie aussi belle ; son allure d'ordinaire un minimum stricte, ici, laissait place à celle d'une enfant dont le rêve de conte de fée se réalisait. Et puis il y avait Lyle et Juliet. Sa famille, celle qu'elle s'était trouvée en plus de David.
Ils n'étaient pas extensifs les uns avec les autres, mais la connivence qui les unissait ne faisait aucun doute, elle se lisait dans leurs regards, leurs gestes, les petits sourires qu'ils se lançaient d'un bout à l'autre de la salle, parfois, lorsque Mamy Huguette embêtait Agnès.

MANCHESTER. JANVIER 1982.
Il fait froid à Manchester. L'hiver s'abat enfin, lourd, sur la ville anglaise. La brume est présente depuis des semaines maintenant, mais les Mancuniens grelottent dans leurs manteaux, cachés derrières leurs écharpes et leurs bonnets. On se presse dans la rue, on rentre dans les magasins rapidement, on ne traîne pas entre copains, si ce n'est dans les pubs qui se remplissent, favorisant une chaleur humaine - à tous les sens du terme -  certaine. Nouvel an est passé depuis quelques jours à présent - environ dix jours, pour être plus précis -, les festivités de la fin d'année sont bel et bien terminées. On est retourné travailler, se lever tôt, se fatiguer à la tâche, ou repartir à la recherche d'un emploi vaillamment.
Pour les Fitzgerald, c'est tout un univers qui est en train de changer autour d'eux. Les matins sont difficiles, en particulier pour Agnès.
Ce soir-là, ils boivent quelques verres avec Lyle et Juliet. C'est un peu le grand soir, les époux sont sur leur trente-et-un, impatients de retrouver leurs amis. Et pour cause, ils ont une grande annonce à leur faire. Pourtant, ils n'ont pas préparé de grands discours, loin de là. Ils en sont au deuxième verre - de soda pour Agnès - lorsque l'information, avant le début du match de foot à la télévision mais après le débat sur la disparition des ours polaires, est lancée.
" D'ailleurs, Agnès est enceinte! " lance David de son air impassible qu'on lui connait si bien. Sa femme, en face de lui, semble imperturbable, mais en réalité, elle cherche la meilleure façon de rebondir après une annonce pareille. Elle ne sait guère qu'ajouter ; cet enfant, il n'était pas particulièrement attendu, mais ils ne le regrettent pas pour autant. C'est ce que font les gens normaux, parait-il : se mettre en couple, devenir stables, avoir un enfant. Ils en sont à la dernière étape. Après, ils pourraient reprendre leurs affaires au restaurant normalement. Ils allaient être une réelle famille. Oui, au final, Agnès ne sait pas encore si il y a de quoi éclater de joie, mais ... mais elle sourit. Parce que cela se fait, et puis parce que ce moment est agréable. Parce que David, avec ses yeux en amende marrons, semble épanoui, plus que jamais, même si lui non plus, ne laissera jamais apercevoir une quelconque exaltation. Surtout pas après seulement deux verres.
Finalement, elle ne rebondit pas. Elle n'a pas à le faire : leurs amis réagissent aussitôt.

Pavane;;Fauré

Le mois de janvier est le troisième de sa grossesse. L'enfant va bien, les futurs parents se font doucement à l'idée. Cependant, rien - ni l'interdiction d'alcool, ni les vomissements de madame - ne les empêche de voir leurs meilleurs amis. Ils en passent, des soirées chez les uns, chez les autres. Ils profitent de ces bons moments, parce qu'au fond, sans doute, ils sont conscients que les choses ne seront plus jamais telles qu'elles sont à cet instant présent. Un nouveau petit être va intégrer leurs quotidiens. Agnès réfléchit à la façon dont gérer le restaurant lorsqu'elle aura accouché. David, lui, continuera, pour sûr, de cuisiner, car sans sa passion, il n'est rien ou si peu.

" Non, mais vous alliez l'appeler Nolan, je pensais que tu disais ça comme ça ! Pour blaguer! "
Ils rigolent tous les deux, mais au fond, alors que le match Chelsea - Manchester commence dans quelques minutes à la télévision, les deux amis savent qu'il va falloir négocier.
" Tu ne peux pas laisser mon fils s'appeler ! Annibal! A-nni-bal! Comme le tueur en série, tu visualises ? Et Gidéon? Gidéon ??"
Presque affolé rien que d'en parler à quelqu'un d'autre sa femme, ce qui rend les choses encore plus réelles, il hausse le ton. Dans la pièce voisine, Juliet et Agnès papotent. Mais elles font une pause.
" Je t'entends! "
David soupira et, bière à la main, envoya à son voisin de canapé un regard plein de détresse. "Nolan" était le seul prénom sur lequel les époux Fitzgerald avaient réussi à trouver un terrain d'entente, et là, son meilleur ami venait de lui annoncer que... eh bien, ils risquaient d'avoir deux Nolan. Un chacun.
Et le problème, c'est qu'il connaissait très bien son meilleur ami. Lyle était loin de laisser tomber cette idée. Il en était conscient, tous les deux, de toute façon, se ressemblaient énormément, et leur fierté guidait bien souvent leurs actes, et leurs décisions de façon générale.
Après un instant où seules les voix féminines de la maison se faisaient entendre au loin, entrecoupées de rire, Lyle se tourna vers son ami.
" Tu supportes Manchester à quel point? "
David haussa un sourcil, mais au fond, savait où il voulait en venir. Il avala quelques gorgées de bière. Oh, il ne savait pas si en soi, ça le dérangeait réellement. Cet enfant, il l'aimait déja si fort mais aussi, tellement à sa façon... et connaissant les deux hurluberlus devant leur match, il n'y avait qu'une seule façon de les départager.
" Au point de leur laisser l'avenir de mon fils entre leurs mains. "
Non, vous ne rêvez pas.
Et voilà comment celui qui devait possiblement se nommer Nolan Fitzgerald, porta finalement le nom d'Annibal Gidéon Fitzgerald. Merci Manchester.

Annibal Gidéon Fitzgerald naquit le jour du solstice d'été ; le 21 Juin fut la première journée de ce beau bébé, né dans un climat d'affection relativement moyen. On ne fut pas outre-mesure attendri par ses petits yeux marrons - ceux de sa maman -, ni par ses minuscules mains. Il fut cependant couvert de cadeaux ; les clients du Bel Ami gâtèrent le nouvel arrivant dans la famille Fitzgerald et ses parents le dorlotèrent. D'ailleurs, en réalité, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, ce fut David qui prêta le plus d'attention à son fils ; Agnès, épuisée, et craintive de cet énorme changement que peut-être, finalement, elle aurait voulu éviter dans sa vie de femme d'affaire, le prenait régulièrement dans ses bras, lui parlait avec amour sans pour autant déborder d'un quelconque instinct maternel.

A Light (Night);;Charlie Winston

On pourrait croire qu'étant fils unique, Annibal Gidéon Fitzgerald souffrit d'une solitude relativement extrême. Pourtant ce ne fut guère le cas. Dès qu'il fut né, il fut habitué aux voix des meilleurs amis de ses parents. Leurs visages lui furent aussi familiers ou presque que ceux d'Agnès et David.
Et surtout, l'année même de sa naissance, on lui fit rapidement le cadeau le plus beau de l'univers. On lui offrit celui qui, non grâce au sang, mais grâce au fort lien que pouvait être l'amitié, devint immédiatement comme un frère pour lui.
Nolan, donc.
Nolan Buckley, fils de Lyle et Juliet, fut de la fin de l'année, si bien qu'ils n'eurent que quelques mois d'écart. Ils apprirent à marcher pratiquemment en même temps, à parler également. Mais eux n'avaient guère besoin de tout cela au début de leur vie. Leurs premières communications, ils les firent entre eux. Leurs premiers rires, ils les eurent ensemble. Les deux petits bruns apportaient une nouvelle ambiance aux retrouvailles des quatre amis. Les habitudes de ceux-ci, évidemment, durent changer. Agnès, d'ailleurs, eut du mal, réellement, à se faire à cette idée. Elle dut s'occuper de celui qu'elle avait appelé Annibal par dépit. Encore aujourd'hui, parfois son fils se demande si elle ne lui a pas choisi ce prénom pour lui faire comprendre à quel point elle le détestait.
Gidéon comprit rapidement qu'il n'était pas aimé par sa mère comme il l'aurait pu l'être d'une autre femme, moins obnubilée par son travail, son image, sa jeunesse chic et haute gamme. Il s'y fit grâce à son père, présent de la manière qu'il pouvait. Toujours cuisiner, celui-ci passait peu de temps avec sa famille, mais lors des réunions avec les Buckley, il fallait l'admettre, l'on pouvait voir que David essayait de jouer le rôle de père dans lequel pourtant, il n'était guère à l'aise. Parfois, il lui faisait goûter quelques bouts de plats, essayant de lui transmettre son amour de la cuisine, en prenant grand soin de l'appeler Gidéon, mettant de côté son premier prénom. Gidéon, lui, comprit rapidement que son propre prénom avait été source de désaccord entre ses parents. Nolan, d'ailleurs, le comprit rapidement également, et dès qu'il fut en âge de le nommer, choisit "Fitz" ou d'autres surnoms ridicules. Mais personne, en dehors de sa génitrice, ne l'appela Annibal.
Les années passèrent, et Gidéon sut qu'il n'avait pas une enfance traditionnelle, dans le sens où il ne passa pas de moment particulièrement privilégié avec sa mère, qui reprit le travail dès qu'elle le put - cela se compta en mois -, où il n'eut pas énormément d'amis - Nolan était le seul, son confident, celui sans qui il n'était plus rien -, où on lui appris les bonnes manières et le goût des bons mets aussi vite qu'à parler ou marcher.
Les Buckley et les Fitzgerald, comme bien souvent, prirent la même décision : à 5 ans, Nolan et Gidéon intégraient doucement le système éducatif britannique en intégrant une école primaire privée de Manchester.
Ses parents comblaient leur absence par nombre de cadeaux, d'objets d'attentions qu'ils considéraient comme importantes, plaisantes, de rencontres de "gens importants" dont il comprenait à peine les paroles doucereuses.
Pourtant, malgré l'indifférence qui régnait en lui lorsqu'on lui offrait tout cela, il y eut bien un présent qui le marqua. Lorsqu'il y songe aujourd'hui, il est conscient qu'il était empli de sous-entendus, mais peu importe. Car le piano qui arriva par miracle dans le majestueux salon
familial pendant qu'il jouait avec Nolan, fut presque un tournant dans sa construction personnelle.
Il devait être âgé de huit ans peut-être. Nolan et lui jouaient dans le jardin étendu des Fitzgerald. Leurs rires embêtaient peut-être les voisins, mais ce n'était pas la Nanny qui allait râler, puisqu'elle était au téléphone depuis bien longtemps et les surveillait d'un coup d’œil furtif de temps à autres. Gidéon avait vaguement entendu la sonnette de la maison au loin, mais n'y avait pas davantage prêté attention. Il avait mieux à faire avec son meilleur ami. Il avait l'impression - certainement vraie - qu'il ne pouvait être lui-même qu'en sa compagnie. Ses rires n'étaient sincères qu'avec lui, son sourire n'était jamais aussi resplendissant que face à lui. Il n'osait être un enfant qu'à côté de Nolan. Alors lorsqu'ils rentrèrent à nouveau dans le salon par la porte vitrée, sortant de leur petit univers de leur pression familiale ils ne comprirent pas tout de suite d'où ce piano sortait. Il était beau : noir, vernis, il brillait et le soleil se reflétait sur sa caisse. Nolan et Gidéon s'étaient regardé et avaient couru jusqu'à l'instrument avant de pianoter n'importe quoi sur les touches.
Au bout de quelques mois déjà, Gidéon sut qu'il était amoureux des claviers et tapotait ses doigts quand il se retrouvait sur une table. La musique devint son moyen de s'exprimer avec ses parents ; il s'énerva profondément contre eux en frappant sur les touches en prenant grand soin de ne provoquer aucune harmonie ; il s'apaisa en jouant les mélodies les plus douces qui lui soit donné de trouver. Si Nolan était son meilleur ami, son piano devint son langage.
Mais l'année de ses huit ans marqua un autre changement : Nolan commença à changer. Gidéon, pourtant, ne se privait guère de partager de nombreux moments avec lui, mais le comportement de son meilleur ami commença à troubler. L'école, dans un premier temps, montra un intérêt particulier à ses sautes d'humeur. Puis cela devint une affaire de famille. Les Buckley en parlaient de plus en plus, les Fitzgerald demandaient des comptes à Gidéon.
Lui s'en foutait complètement, il faut bien le dire. Il était un enfant avec son meilleur ami et son piano. Oui, Nolan, parfois, pouvait être difficile à saisir, et Gidéon s'était même auto-donné le rôle d'arrière. Mais ne croyez pas pour autant qu'il était docile et honnête. Non. Gidéon aimait son meilleur ami, peut-être plus que ses parents. Et lorsque parfois, il entendait certaines remarques d'enseignants, ou même de ses parents, il prenait partie. Parfois même, il avait envie d'être puni pour lui. Parce qu'il connaissait Nolan, et qu'il savait qu'il était l'une des personnes les plus belles qu'il connaisse.
Et puis, il n'y avait qu'avec lui qu'il pouvait faire exploser des pétards dans les toilettes des filles. Voilà voilà.

Fell Like Children;;Maximilian Hecker

" Attends, je vais tomber !! " chuchotait Gidéon, 12 ans, à son meilleur ami, alors qu'il avait agrippé la branche d'un arbre, tandis que le second protagoniste lui faisait difficilement la courte échelle. Il fallait dire que le but de la manœuvre était le résultat de longs débats stratégiques.
" Personne t'entend! Par contre tu me mets de l'eau... dessus... " répondit Nolan en détournant la tête avec une grimace.
Gidéon, qui portait un sceau d'eau de la main qui n'était pas vaillamment accrochée à l'arbre dans lequel il tentait tant bien que mal de grimper, sentait son reste d'équilibre quitter chaque parcelle de son corps.
Voilà comment Gidéon tomba à moitié sur Nolan d'un bruit sec et que le sceau faillit l’assommer après l'avoir trempé et frigorifié.
Les deux amis avaient fini par se disputer gentiment. Eux qui voulaient piéger la directrice de leur école s'étaient retrouvés trempés et sévèrement disputés par des parents qui, ne les voyant par revenir, les attendaient de pied ferme à la maison.
Mais il s'était passé quelque chose dans la tête de Gidéon. Il avait compris, en tombant de l'arbre, et en se disputant avec Nolan, que son esprit avait divagué, voyagé et l'avait emmené vers d'autres contrées. Il avait oublié leurs parents et leurs relations avec eux, le manque d'amour des siens, ses résultats trop faibles à l'école et les conflits avec les instituteurs. Il avait oublié jusqu'à l'amour que sa mère portait davantage à son restaurant qu'à lui, le temps que son père prenait moins pour lui pour lui faire goûter ses plats. Il en avait omis les regard envieux de certains camarades, les remarques désobligeantes vis à vis de son ami. Et il avait compris à quel point ce dernier était sa famille.
Pourtant, rien n'y fit. Cette fois-ci, il fut puni sévèrement. Il fut enfermé chez lui. En temps normal, il trouvait un moyen de passer par dessus-les murs, de tomber volontairement par la fenêtre ou de téléphoner à Nolan pour qu'il vienne faire une diversion... Seulement, là, comme il avait expliqué la manœuvre sans complexes devant ses parents par défi, on le priva de téléphone et on guetta régulièrement qu'il était encore là.
Puis il n'avait pas la tête à fuir la maison familiale.
Non.

C'est à ce moment là qu'il commença à dessiner. Il prit une feuille blanche, un vieux crayon de papier retrouvé au fond de son sac de cours. Il commença à griffonner. Dans un premier temps, les lignes devinrent des arabesques. Les arabesques finirent par prendre des formes plus complexes ; le gris foncé se faisait de plus en plus dense sur une feuille dont le blanc de base était de moins en moins perceptible. Peu à peu, le garçon commença à dessiner de petits paysages, de petits personnages qu'il recopiait sur des livres. Il tenta d'y ajouter des couleurs, d'apporter quelques touches personnelles à ses productions. Certains dessins finirent dans le tiroir et ne furent pas retrouvés avant bien des années.
Voici comment Gidéon trouva sa voie.
Le dessin devint, au-delà de celle de la musique, sa passion première. Il dessinait seul ou avec Nolan, en cours lorsqu'il n'était pas occupé à élaborer un plan diabolique avec son voisin de table. Ses notes continuèrent de chuter mais il ne s'en inquiéta pas ; il était jeune mais avait trouvé le chemin qu'il allait prendre, et rien de ce qu'il apprenait dans l'une des meilleures écoles privées de Manchester n'aurait pu l'aider à parvenir à son but. Il serait dessinateur. Il aurait un piano chez lui. Il vivrait avec Nolan.

Un an plus tard, alors qu'il s'éloigne de plus en plus de la réalité, qu'il occulte son éducation de manière générale, renie plus ou moins consciemment ses parents, spécialement sa mère, les choses vont encore prendre une autre tournure.
Il a alors un peu plus de treize ans, et le petit brun (déja bien grand pour son âge, soit dit en passant), traîne dans le parc avec Nolan. Il fait nuit, seuls quelques réverbères les éclairent. Ils ont fait les fifous, ils ont acheté un paquet de dix cigarettes à deux. Ils sont grands, c'est le moment de devenir virils!
Sa Nanny a sans doute appelé le restaurant en catastrophe pour signaler l'absence de Gidéon, qui avait quitté les cours quelques heures auparavant. Comme d'habitude, l'adolescent sait ce qui l'attend dès qu'il rentrera chez lui : l'air excédé mais renonçant de sa mère, le regard froid d'un père déçu de son fils. Son propre mutisme à tous les mots qu'ils tenteront de trouver pour le faire réagir.
Alors voilà. Gidéon est assis sur le dos d'un banc avec son meilleur ami, qui ouvre difficilement le paquet de cigarettes alors que Gidéon fouille dans son petit portefeuille d'ado pour lui rendre la monnaie qu'il lui doit pour cet achat. Tous les deux parlent de choses et d'autres depuis qu'ils ont quitté les cours (naaan, j'déconne, depuis bien avant). Au bout de quelques instants, ils ont chacun leur clope au bec et se lancent un coup d'oeil. Nolan porte maladroitement le briquet jusqu'à la clope et finit par l'allumer. Il ne réagit pas tout de suite, le temps de donner le briquet à Gidéon, qui le rejoint dans sa bouffée de goudron. Tous les deux finissent par tousser, puis par rire en se regardant, puis par tirer une autre latte, puis une autre.
La nuit tombée, qui pourtant a encore laissé quelques parcelles de jour cohabiter avec elle au loin, apporte une ambiance particulière. Elle aurait pu être saisie comme glauque, inquiétante pour certains. Mais pour Gidéon, qui dessinait quelques petites créations sur un coin de cahier, c'était une atmosphère prenante, gracieuse par son mystère et sa poésie. La nuit, objectivement parlant, n'était que l'absence momentanée du soleil due à la rotation de la modeste planète sur laquelle ils étaient nés. Mais dans l'esprit du garçon, c'était tout autre chose : la nuit rassemblait les familles (de sang, ou de coeur), exacerbait les émotions, offrait à la plupart des êtres humains le sommeil, la quiétude, l'espoir d'un lendemain où peut-être, quelque chose changerait. La nuit était comme le métronome dans un morceau que l'on travaille au piano : elle marquait un tempo, une évolution, la notion d'avenir. Et la nuit, sombre et majestueuse, lui offrait, à lui, l'inspiration, les rêves et ... à ce moment là, Nolan.

Il levait les yeux vers les nuages, qui parfois laissaient entrevoir quelques étoiles au-dessus du ciel de Manchester. Le vent n'était que très léger, et Gidéon tentait de ne pas crapoter en fumant, mais ne pouvait s'empêcher de tousser. L'envie de vomir n'était pas bien loin non plus. Et vu le regard et la grimace furtive de Nolan, il se douta que c'était également le cas pour son ami. Il lui sourit en laissant échapper un râle de dégoût. Nolan le fixait avec insistance, souriant lui aussi, mais délicatement. Gidéon n'y prêta pas plus attention que cela, habitué au réactions égarées de son ami.
Non, il n'y prêta pas davantage attention.
Pas jusqu'à ce qu'il sente sa main frôler son avant-bras.
Ils étaient meilleurs amis depuis toujours, avaient grandi ensemble, s'était construits en duo, en acolytes, mais jamais ils n'avaient eu ce genre de contact. Vous savez, juste un effleurement, léger, subtile, qui provoque des frissons encore inconnus à son destinataire. Il ne saura jamais si ce contact fut intentionnel ou non, mais ce qui se passa ensuite, il en est certain, fit partie d'une réalité intemporelle, rangée à présent dans des souvenirs qu'il s'aime à déterrer ses jours les plus sombres.
Car ce soir là, pour la première, ses lèvres se posèrent sur celles d'une autre personne. Et si cela peut paraître être étrange d'avoir son premier baiser avec son meilleur ami, à cet instant là, le brun se désintéressa de ce questionnement. Ce baiser, si inattendu, semblait pourtant si cohérent. Oh, je n'irais pas jusqu'à vous affirmer que les deux cocos sentaient bon de la bouche, parce qu'ils avaient évidemment choisi le meilleur moment pour passer ce cap, mais cela resta un acte magnifique, et que sans sans doute aucun de nos deux protagonistes ne comprit réellement ni ne prit à sa juste mesure. La douceur qui émanait de leur geste les réconforta sans doute chacun à leur manière. Et même s'il ne vit pas de petits papillons voler autour d'eux, s'il ne les sentit pas seuls au monde comme dans les films, Gidéon eut enfin l'impression d'être aimé et ce fut sans doute l'un de ses premiers contacts physiques. Il sentit un respect réciproque profond et savait bien que finalement, ils partageaient plus qu'un baiser. Ils étaient adolescents, et à l'adolescence, l'on se fait des promesses. Meilleurs amis pour la vie. Et s'ils avaient un côté pudique, ils le savaient, les deux garçons étaient indispensables l'un à l'autre. Et c'était leur promesse, à eux.
Leur promesse, à ces deux garçons perdus.

Stop The World I Wanna Get Off With You;;Arctic Monkeys

Gidéon était rentré chez lui, pensif et l'haleine répulsive. Evidemment, on lui passa un sacré souvent, mais l'adolescent, comme à son habitude, ne répondit rien. Il n'en avait plus rien à faire, des disputes de ses parents qui ne demandaient que des raisons de le haïr davantage.
Il avait fini par rester éveillé la nuit, la petite lumière de son bureau éclairant les dessins auxquels il donnait naissance afin de débarrasser son esprit de toutes les pensées qui l'obnubilaient, les questions qui le hantaient.
N'oubliez pas qu'à ce moment-là, les téléphones portables n'existaient pas, alors le brun devait attendre de revoir son ami avant d'en savoir plus. Sur ce qu'ils étaient. Il avait toujours considéré Nolan comme son frère, celui qui l'accompagnait dans la cruauté de la vie, le seul qui pouvait le comprendre. La part d'ombre et de mystère, également, qui émanait de lui, avait toujours intrigué Gidéon mais provoqué en lui un immense respect. Au final, le petit Fitzgerald avait toujours admiré Nolan. Le bad boy qu'il n'oserait jamais être, cette personne intrépide mais fidèle.
Mais l'amour, était-ce une forme d'admiration? N'était-il pas lentement tombé amoureux de son meilleur ami? Ce baiser, qu'était-ce?
... Etait-il homosexuel? .. Et Nolan?

Il avait dessiné toute la nuit comme un forcené. Certaines feuilles étaient remplies de griffonnages indicibles ; d'autres étaient remplies de petits dessins de personnages, de paysages. Ce banc et ces réverbères revenait souvent dans ces décors, sources d'une sorte de bonheur indescriptible, de souvenirs qu'il voulait effacer autant qu'il voulait les préserver comme quelque chose de précieux dans un coffre fort.

Dès le lendemain, il dut retourner en cours. Le monde qui l'encerclait, l'univers entier, semblait différent. Il ne ressentait qu'amoindrie ce sentiment de haine qui l'avait animé depuis des années. Ses manigances avec Nolan continuèrent, mais quelque chose avait changé. Leur complicité n'en était que décuplée, le sourire de son ami avait l'air différent, comme illuminant la pièce et l'esprit de Gidéon.
Lorsqu'il rentra chez lui, il se posa sur le piano et improvisa dans l'éternel silence de la maisonnée. La raisonnance du salon n'était plus la même et en devenait agréable, donnait une impression d'envol des mélodies.



_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.


Dernière édition par Gidéon Fitzgerald le Mar 10 Mar 2015 - 17:30, édité 21 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 19:47


Nous avons tous un passé, un présent et un futur
(II).

Gidéon finit par arrêter de se poser des questions. Il n'était pas de ce genre là, il préférait les actes. La réflexion intense les empêchait de voir le jour. Il se rendit compte que la nature de ses sentiments pour Nolan était ce qu'elle était : ils étaient ce duo, ces deux acolytes qui se ressemblaient autant qu'ils se complétaient. Et parfois - souvent -, oui, il se cachaient et s'embrassaient, laissaient leurs corps se rapprocher l'un de l'autre. Tout cela avait fini par sonner comme une évidence. Gidéon aimait passer sa main sur le visage de Nolan, le prendre dans ses bras, lui poser un baiser furtif au coin des lèvres en guise d'au revoir. Il aimait l'idée de plaire à Nolan, qui devint plus que quiconque, l'homme de sa vie. De meilleur ami et quasi membre de la famille, il était passé à amoureux. Car oui, Gidéon était amoureux. Amoureux d'un garçon. Et ce garçon l'aida, plus que jamais, à passer ses années de jeunesse, à voir le monde autrement, à oser. Ils emmerdaient le monde, à deux. Leurs parents, l'école, leurs camarades, le travail, les codes sociaux. Leur situation, d'un point de vue extérieur, n'alla pas en s'améliorant. Mais Gidéon découvrit une partie de la vie qu'il ne connaissait pas dans sa relation avec Nolan. Il comprit enfin à quel point il était possible d'aimer un autre être humain. Et même s'ils ne furent pas du genre relation romantique au sens propre du terme, ils se connaissaient si bien que les deux partis, à priori, n'en ressortirent que du positif. Ils étaient si fusionnels que leurs parents, aux réunions du samedi, présentaient une certaine inquiétude en ce qui les concernait.
Les enseignants leur racontaient leurs exploits, ci et là, et les quatre parents oscillaient entre rendez-vous, lorsque cela étaient possible, et coups de téléphone du corps éducatif, et voyaient à quel point le duo infernal se complaisait dans sa décadence progressive.
Et si Agnès semblait s'en satisfaire, presque souriante à l'idée que son fils puisse un jour ne plus désirer aucun contact avec elle, c'était à Lyle que David se confiait. Il lui livrait, avec ses propres mots, l'amour qu'il éprouvait pour son fiston, ce petit adolescent, ce brin d'artiste, qui lui rappelait presque lui dans sa jeunesse. Et lorsque parfois, la nuit en rentrant du travail, le cuisinier allait fumer une cigarette au fond du jardin pour ne pas déranger sa femme et chercher un moment de quiétude solitaire, il se plaisait à s'imaginer ayant une relation proche avec Gidéon. Gidéon, son petit Gidéon dont il se souvenait parfois avec un sourire, aurait pu s'appeler Nolan. Il se plaisait à fantasmer d'une vie où son métier, ce qu'il avait construit avec Agnès, n'avaient pas été toute sa vie. S'il avait pu, juste un instant, avoir une discussion sans cris, sans antipathie avec cet adolescent, un instant où il aurait simplement eu le privilège d'écouter le piano de ce grand enfant qui, il le savait au fond de lui, se construisait sans parents.
Car Agnès et David Fitzgerald avaient continué de chérir le Bel Ami comme un enfant. Davantage que le leur. Ils y avaient passé des journées, des nuits même. Ils avaient gardé, dans un premier temps involontairement, une distance, voire un fossé entre leur couple et leur progéniture. Mais le temps les avait rattrapés; Gidéon était devenu un adolescent et agissait comme il l'entendait. Leurs soirées, toujours nombreuses avec les Buckley, commencèrent à tourner autour de leurs enfants. Ils sentaient parfois la cigarette lorsqu'ils rentraient. Et ils rentraient toujours tard de l'école. Ils traînaient dans ce parc, là, leur disait-on au restaurant, et ils ne travaillaient que très peu. Les Buckley, en plus, étaient inquiets du comportement dualiste de Nolan.
Agnès abandonna rapidement la bataille ; son caractère carriériste et ambitieux n'en fut que multiplié. Son seul contact avec son fils était les cris qu'elle poussait lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce. Son monde, celui de son restaurant, où elle pouvait tout contrôler, lui plaisait bien plus. Il lui avait fallu du temps pour réaliser qu'elle n'était pas portée "famille", mais c'était bel et bien le cas. Son mari n'était plus qu'un employé et leur relation se dégrada en plus. Il semblait attaché à Annibal, peut-être trop, et régulièrement, elle était obligée de remettre les pendues à l'heure à sa manière, cruellement et avec un sadisme presque professionnel, pour qu'il se concentre à nouveau sur son travail, sa passion. David n'entendait pas les choses de cette oreille, et parfois, l'ambiance était électrique dans le bureau de Ms Fitzgerald.

Mais peu importait tout cela. Gidéon n'y faisait plus attention. Il savait que ses parents ne lui apporteraient jamais ce dont il avait besoin. Parfois, il ne craignait cependant qu'ils ne découvrent son histoire avec Nolan, mais il se sentait vite rassuré dans ses bras. Car évidemment, ni les Buckley, ni les Fitzgerald ne se doutaient de quoi que ce soit. C'aurait été une catastrophe.

Un an passa ainsi. Nolan, à lui seul, fit le bonheur de Gidéon. Ne croyez que leur histoire leur fit oublier leurs bêtises. Car non, dans leur école privée, à quinze ans, ils envoyaient encore des cartouches remplies de colle s'accrocher au plafond et lançaient encore des boules puantes en cours de mathématiques. Et lorsqu'on accusait Nolan - plus facilement incriminable de par son caractère -, l'on demandait toujours, pour calmer le reste de la classe, qui était intéressé pour le suivre. Et Gidéon, à chaque fois, se levait en levant la main, plus que partant pour accompagner Nolan à ses heures de colles ou aux rendez-vous animés avec la directrice. Parfois, Gidéon mentait quant aux faits. Ils s'arrangeaient toujours pour limiter les dégâts, pour l'un comme pour l'autre. Pourtant, la direction les savait pertinemment inséparables.

C'était l'année de leurs 15 ans. L'été battait son plein à Manchester et le soleil, timide, tentait de taper sur la ville britannique. Gidéon avait passé sa journée avec Nolan. Les deux adolescents devenaient de petits adultes, la barbe commençait à pousser sur leur menton et dans leur cou, ils grandissaient sans cesse et leur voix prenait des tons plus graves. Les deux bruns s'étaient perdus volontairement dans la campagne anglaise environnant Manchester. Équipés de cigarettes et peut-être un petit peu d'alcool, ils avaient piétiné dans quelques champs, parlé à un ou deux moutons, visité de vieux bâtiments abandonnés et s'étaient posés contre un arbre pour protéger leur peau claire des ultraviolets. Gidéon avait pris Alex contre lui et ils étaient restés ainsi, loin de la zone urbaine et des rencontres interfamiliales alcoolisées, longues et douloureuses pour les deux jeunes gens. Gidéon voyait l'état de son compagnon de vie se déteriorer ; son humeur était de plus en plus changeante, et si lui ne le jugeait point, il savait que ce n'était pas le cas d'autres personnes. Dont ses parents. Alors il avait décidé de lui offrir cette petite journée paisible. Et il avait beau lire dans le regard de Nolan une forme de détresse intense, de souffrance intérieure extrême, les faibles sourires qu'il lui offrait lui donnait du baume au coeur. Alors il l'avait laissé là, paisible, s'allonger sur son torse de jeune homme, perdu dans ses pensées qui sans nulle doute, étaient sombres, caressant de temps en temps ses cheveux. Cet état de Nolan lui semblait normal, dans le sens où il avait l'habitude depuis bien des années, d'adopter une attitude presque protectrice, aimante, mais non invasive. Nolan était ainsi, et il l'aimait de toutes ses forces, qu'il ait le sourire ou non. Qu'il décide de parler aux moutons ou non.

Nolan Buckley, son petit homme, fort et fragile.
Son petit homme...

Long Nights;;Eddie Vedder

Ils rentrèrent tous les deux chez Gidéon ce soir là. Il faisait nuit ; il devait être 22 ou 23 heures. La lumière du perron était allumée, inondant jusqu'à la rue paisible, où les voitures de luxe des voisins étaient garées. A l'intérieur de la maison, dont les fenêtres étaient ouvertes, on entendait des cris. Gidéon lâcha le bras de Nolan, au moment où son père, à quelques mètres de là, ouvrait en trombe la porte d'entrée en portant une cigarette à ses lèvres tremblantes. Cherchant désespérément un briquet dans la poche de sa veste, il ne vit pas les regards surpris des deux adolescents qui lui faisaient face.
Devant l'état de détresse de son père, Mini-Fitzgerald sortit un briquet de sa poche et alluma la cigarette de son père, qui n'eut même pas la force d'être effrayé mais qui le regarda presque amusé. Il ne saurait jamais qu'en cet instant, David voyait le seul point positif de cette soirée : il aurait eu un contact paisible avec son fils.
" Je suis vraiment désolé. " fit-il après avoir laissé échappé un léger sourire aux deux garçons. Il tapota l'épaule de son fils, qui faisait presque sa taille, à présent, puis avança et fit lentement le tour de la maison pour atterrir dans le jardin sans croiser sa femme.
Gidéon, lui, effleura la main de Nolan, qui devait dormir chez eux, et passa le pas de la porte pour la refermer doucement derrière Nolan. Sa mère arriva en trombe du salon, passa devant les deux petits démons, les regarda froidement, les cheveux toujours aussi bien coiffés malgré l'heure tardive, les pieds nus que les talons avaient quitté. Elle monta les escaliers sans juger intéressant de laisser s'échapper le quelconque mot de sa bouche, puis claqua la porte de sa chambre. Elle avait beau être froide en n'importe quelle circonstance, Gidéon savait que cette fois-ci, quelque chose la tracassait. Mais il se tourna vers Nolan, et déposant un baiser sur sa joue, prit sa main et l’entraîna vers le salon. Les baies vitrées, donnant sur le jardin, étaient ouvertes. Il lâcha la main de son ami, de peur que son paternel ne les aperçoive, puis s'affala dans l'immense canapé. L'atmosphère de la pièce semblait changée. Comme si elle avait vécu davantage en quelques heures que les années précédentes durant. Il sentit Nolan non loin de lui, s’asseoir également sur le canapé, alors que lui essayait de comprendre en quoi cette pièce, à laquelle d'ordinaire il ne faisait guère plus attention, semblait si changée. Il vit cet immense lustre qu'il connaissait bien, cette table basse en verre, à travers de laquelle l'on pouvait voir cet immense tapis qui recouvrait le parquet en son centre. Il fit attention aux moulures du plafond qui se fondaient parfaitement dans la modernité du reste de la pièce, à cet immense écran plat qui leur faisait face sur le mûr blanc décoré de quelques toiles modernes. Les baies vitrées, derrière lui et à sa gauche, ouvertes, laissaient passer une légère brise nocturne et estivale, faisant voler les légers rideaux de couleur claire et une faible odeur de cigarette parvenait au nez habitué de Gidéon.
Oh, non, décidément, il ne le remarque pas tout de suite. Ce vide. Cette absence. Et pour cause, il lui faisait dos. C'est l'inexistence d'un reflet dans la vitre de la porte-fenêtre ouverte qui lui fit tourner la tête. Il se leva aussitôt, brusquement, faisant sursauter Nolan derrière lui, avec lequel il ne parlait plus depuis un moment. Dans ces moments de crise familiale, ils devenaient presque d'autres personnes. Surtout lorsqu'ils ne les comprenaient pas, parce que eux, se comprenaient; et ce soir là, c'était plus que le cas.
Gidéon n'était pas matérialiste. Il ne s'attachait que très rarement aux choses ; son cahier de dessin, par exemple, représentait son monde, avait voyagé dans son sac de cours un nombre incalculable de fois. Mais une seule autre chose au monde attirait autant son attention. Un seul autre objet représentait toute une symbolique pour l'adolescent. Un seul autre.
Et on le lui avait pris.
Et il comprit aussitôt que la dispute de ses parents était à ce propos.
A propos du piano qu'on avait décidé de lui arracher.
Et Gidéon, de cette manière, se retrouva dans un espace qu'il n'avait que très peu connu libre, les bras ballants, l'air sonné, comme attendant que le piano ne revienne à lui par magie.
Une partie de lui venait de le quitter.
Pourtant, à propos de n'importe quel autre objet de cette immense maison impersonnelle, Gidéon aurait pu vous confier à quel point leur sort lui était égal. Que le matériel ne remplace pas l'humain, et que l'on achète aucun cœur avec un vase en cristal ou un écran de télévision, aussi cher soit-il. Mais il avait grandi avec ce piano, avait appris s'exprimer à travers les notes qui s'en échappaient. Ce piano avait été sa première passion. Il en avait joué des après-midi entières, avait fait écouter presque de force mais au milieu de rires les morceaux qu'il avait laborieusement mémorisé à Nolan. Il l'avait d'ailleurs découvert avec Nolan. Ce piano était un cadeau de ses parents, qui sans doute à l'époque, avaient voulu se faire pardonner de leur absence. A présent ils lui le enlevaient. Il préférait ne pas y songer davantage, car il savait. Il savait que le peu qu'il restait entre lui et ses parents s'était brisé.
Il hurla de rage et plongea son encore frêle poing contre le mur devant. N'en ressortit qu'un craquement inquiétant et du sang ; Gidéon, lui, sentait une rage mémorable monter en lui et envahir jusqu'à son sang, jusqu'à la moindre parcelle de sa peau. Ses poils mêmes, s'en hérissaient. Sa respiration devenait haletante et lui ne pensait qu'à une chose. Fuir.
C'est ce qu'ils firent à deux. Son père passa la tête par la baie vitrée, sa cigarette encore allumée entre ses doigts lorsqu'il perçut, au loin, le claquement lourd de la porte d'entrée. Dans la rue, presque plongée dans le noir, Gidéon serrait les dents alors que Nolan tentait de lui redonner le sourire. Les rôles étaient inversés et Fitzgerald ne s'en plaint pas lorsqu'il reçut un baiser réconfortant sur ses lèvres, sorti de nulle part mais tellement lénifiant.
Ils rentrèrent chez les Buckley. Nolan avança doucement mais surement, Gidéon sur ses pas. Ils firent ce que deux jeunes amants peuvent faire de mieux une nuit de drame : ils chuhotèrent et laissèrent leurs corps se rapprocher. Leur réconfort. Leur amour qui ne flanchait pas. Qui n'en était que renforcé.
Et parce qu'ils savaient que peu à peu, les choses se brisaient entre eux et leurs familles, ils s'abandonnèrent l'un à l'autre. Le piano n'était qu'un détail, une goutte d'eau dans un immense océan de désastre.
Et le père de Gidéon, lui, n'avait jamais semblé aussi perdu et humain que cette nuit là, enchaînant les cigarettes, faisant un nombre incalculable de fois le tour de son jardin.

Misses;;Girls In Hawaii

" « J'appelle vos parents » " faisait Gidéon dans la rue sur le chemin du parc, imitant la directrice en faisant des gestes saugrenus.
" « Nous allons avoir une nouvelle discussion avec eux! » " compléta Nolan sur le même ton.
Tous les deux pouffèrent. Leurs voix étaient à présent celles d'hommes. Il fallait dire qu'ils avaient 16 ans depuis un moment déja. Les A-Levels approchaient et les enseignants n'en pouvaient plus de voir l'ambiance de classe se dégrader à cause des deux diablotins ; sans compter sur leur réputation qui en prenait un sacré coup, lorsque les autres élèves énuméraient la liste des pitreries de leurs deux camarades. Oh, ils avaient bien essayé de les séparer, de les laisser dans deux classes bien distinctes. Mais l'un accompagnait toujours l'autre. C'était d'ailleurs à propos de cela qu'ils s'étaient faits convoquer chez la directrice. Elle leur avait demandé des explications. Insolents et imperturbables, ils avaient fini par sortir, riants aux éclats et laissant derrière eux une directrice qui hurlait sur sa secrétaire pour obtenir - de nouveau- les numéros des Fitzgerald et des Buckley.
Mais jamais les deux garçons n'auraient imaginé à quoi leur confrontation avec leurs parents allait ressembler. Car alors qu'ils étaient sur ce banc, qui était presque devenu leur seconde maison, fumaient et laissaient échapper quelques gestes affectueux, l'impossible eut lieu. La mini-armée des Fitzgerald-Buckley avançait vers eux, l'air froid et fermé. Les deux femmes avaient les bras croisés en signe de fermeture vis-à-vis de leurs enfants. David et Lyle se lançaient des regards, comme s'ils craignaient ce qui allait se passer, et pourtant, ils avaient la démarche sûre, de ceux qui savent faire rouler les choses sans encombre aucune.

Gidéon et Nolan eux, eurent le réflexe de s'éloigner l'un de l'autre et de jeter en catastrophe, comme n'importe quel ado du coin, leurs cigarettes derrière eux en essayant de les éteindre tout sauf discrètement. Nolan se racla la gorge, Gidéon lança un regard plus que glacial à ses parents. Ils n'allaient pas lui prendre ce qu'il lui restait. Pas cet endroit. Pas cet endroit...
Non. Ils ne lui prirent pas cet endroit.

" Les garçons !! " les interpella dans un premier temps David Fitzgerald. Agnès avait insisté pour qu'il prenne les choses en main. Elle voulait montrer qu'elle avait le pouvoir, mais qu'elle ne devait pas en permanence avoir le mauvais rôle. David avait admis le mauvais comportement des deux fils de la grande famille qu'ils formaient tous ensemble. Fin du débat.
" Encore en train de glander. " siffla-t-il. Agnès, à ses côtés, toujours les bras croisés, semblait savourer ces instants comme elle aurait pu se délecter de compliments sur le Bel-Ami.
" On a eu un appel de l'école. Ca ne peut pas continuer comme ça. " reprit Lyle sur le même ton que son ami.
Mais c'est Juliet qui coupa les deux hommes. Ils voulaient tourner autour du pot, elle voulait attaquer. Elle dut sentir le soutien d'Agnès alors qu'elle annonça, sèchement, sans fioriture et sur un ton aussi cassant que son amie l'aurait fait avec un commis de cuisine:
" Nolan. On t'envoie en pension. "
Agnès posa une main sur l'épaule de Juliet en signe de compassion. Elle savait ô combien son fils posait des problèmes de comportement et ô combien ils n'arrivaient à gérer sa situation, pire que celle de Gidéon. La gérante du Bel-Ami lança un regard suffisant aux garçons, hébétés, puis se retourna, toujours son amie contre elle, avant de faire claquer ses talons vernis sur le gravier pour retourner chez eux. Leurs époux, eux, firent signe aux garçons de les suivre. Evidemment, il fallut user d'arguments forts et d'un ton glacial encore rare de leur part - " Vous venez, ou je vous le jure, on fera tout pour que vous ne voyiez plus jamais." - avant que le couple ne daigne obéir. Couple qui ferma la marche du petit convois qui rentrait, dans un silence morbide, chez lui. Ils se séparèrent sobrement ; une bise collective de loin, et Gidéon se retrouvait auprès de ses deux parents, muets, loin de Nolan. Ils s'étaient regardés une dernière fois, douloureusement, amoureusement et silencieusement. Ils ne savaient pas si c'était un au revoir, un adieu.
Gidéon monta directement dans sa chambre. Il savait que sauter par la fenêtre était un espoir vain ; il l'avait déja fait plusieurs fois, et si les premières tentatives avaient été positives, les dernières s'étaient soldées par un échec. Agnès, éternelle sentinelle, semblait postée en permanence derrière la baie vitrée du salon, prête à apercevoir le garçon apparaître du ciel devant la vitre.
Il sortit son cahier de dessin, et fit la seule chose qu'il lui était encore offerte de faire. Il dessina. Des heures durant. Ce personnage, encore et toujours. Fitz. Ce personnage, sans âge, sans réel visage discernable. Ce personnage, qui, avec le pouvoir de ses mots, semblait le plus fort de tous, le plus intelligent, et le plus sage. Celui qu'il aurait peut-être dû être. Fitz, un peu comme son enfant. Fitz, avec sa vie rêvée mais non idéale, ses tourments propres mais qui ne souffrait pas de solitude.
Il regarda aussi par la fenêtre, imaginant Nolan. Le reverrait-il seulement? Lyle et Juliet étaient-ils en train d'en rajouter une couche, l'accablant de mots durs, sévères, injustes?
Mon dieu, si seulement, leurs parents savaient ce qu'il se passait réellement entre eux...

Aujourd'hui encore, il se souvient de cette nuit comme surement l'une des plus difficiles à vivre de son existence. L'absence de son piano, à côté de cela, était bien dérisoire. Car on venait de lui arracher l'être vivant auquel il tenait le plus. Nolan était tout pour lui ; son ami, son frère, son amant. Ils avaient tout vécu ensemble, se connaissaient parfaitement. Sans Nolan, il n'était rien ou si peu de choses. Cet arrachement de force faisait saigner son corps, l'angoissait tellement qu'il n'en dormit pas des semaines durant. Il ne mangea plus. Son visage de jeune homme devint marqué par l'asthénie et l'abattement. Car il ne le revit pas avant son départ. Il ne l'embrassa pas une dernière fois, ne le serra pas dans ses bras. Ne croisa même pas son regard.
A partir de ce moment-là, Gidéon se découvrit solitaire. Plus qu'il ne le pensait. Si Nolan était la seule personne à réellement être entré dans sa vie, il représentait à lui seul plus que toutes les bandes d'amis réunies. Il alla seul à l'école, traîna sur ce banc seul des semaines, puis arrêta, hanté par les souvenirs d'une relation qui lui manquait terriblement.

On ne le vit plus sourire. Le peu de contacts qu'il avait avec Nolan ne faisait que renforcer sa douleur. Il s'inquiétait pour lui, tandis que dans chaque parcelle de l'école à laquelle lui, continuait de se rendre, flottait son fantôme. Gidéon devint petit à petit ce cancre dont on a décidé de ne plus s'occuper, au fond de la classe. Il devint un homme, se laissa pousser la barbe. Sa voix, enfin, se stabilisa : elle était grave, virile. Son corps devint plus imposant, grand, fort. Et alors qu'il apprivoisait sa nouvelle enveloppe corporelle, il s'imagina celle de Nolan. A quel point il devait être encore plus beau. Il se demanda comment son visage aux traits si fins cohabitait avec l'homme qu'il avait, du, lui aussi, finir de devenir. Les mots des lettres, des messages, n'avaient rien à voir avec leurs baisers, avec ses bras. Avec les pétards dans les toilettes des filles. Il lui manqua profondément. Il ne sut jamais vraiment s'il en était de même pour Nolan. Ils ne parlèrent pas de leur relation, mais s'échangèrent des nouvelles, des blagues, des futilités.

Les deux inséparables avaient été séparés.

Goodbye;;Archive

Leur lien, pour autant, ne s'amenuisa pas. Il se transforma en quelque chose de bien différent. La relation à distance était nouvelle pour eux mais ne les effrayait guère. Et même si chaque jour, Nolan manquait davantage à Gidéon, il était heureux de recevoir quelques mots, même les plus brefs, de sa part. Il savait qu'il n'était pas seul là où il était, et finalement, malgré le sentiment de jalousie qui animait le jeune homme, il était rassuré pour lui.
Si bien que leurs plans diaboliques ne s'arrêtèrent pas à leur séparation.

Gidéon finit par obtenir ses A-Levels. Il ne se rendit pas à la cérémonie de remise des diplômes, ce qui entama un nouveau sujet de discorde avec ses parents. Mais il ne les écoutait plus depuis bien longtemps. Il avaient peu à peu brisé l'être vivant qu'il était, et s'abstenait à présent du moindre contact avec eux. Il avait 18 ans. Il venait de les avoir.
Nolan n'allait pas tarder à les avoir également. Ils seraient trois, trois à fuir cette terre maudite, cette île remplie de fantômes. Manchester, la ville où leurs parents avaient décidé de leur donner la vie puis peu à peu de leur reprendre.

L'avion décollait. Lentement. Gidéon se sentit poussé dans son siège alors qu'il regardait de l'autre côté du hublot. A sa gauche, Nolan et son amie rousse parlaient avec le sourire. Ils semblaient si ... vivants. Et Nolan était beau. Son visage était devenu encore plus gracieux qu'il n'avait pu y songer. Sa voix, pourtant changée, lui avait manquée. Il semblait encore plus libéré à l'idée de fuir l'Angleterre que lui. Il échangea un sourire avec ses deux compagnons de route puis laissa son regard se perdre parmi les nuages anglais, épais, mais à travers lesquels il pouvait encore vaguement apercevoir la ville qu'il n'avait jamais quittée. Son sourire s'effaça doucement. Quelque chose avait changé avec Nolan.
Il finit par s'endormir, la tête posée sur la vitre du hublot. Il rêva de nuages, d'immenses villes inconnues. Des baisers de Nolan. De Nolan qui riait de lui, le traitait de "pd". Il rêva de ces moments ils s'asseyaient, tous les deux, devant le piano, et jouaient n'importe quoi avant de rire aux éclats. Quand ils étaient jeunes. Il songea à mille manières de changer les mots de la lettre qu'il avait laissée à ses parents.

HUNTINGTON BEACH. FIN 2000.
Puis ils atterrirent. A l'aéroport John Wayne déja, il fut marqué par le soleil constant qui inondait les halls. Sa peau claire chauffa rapidement mais le jeune homme trouva cela agréable. A côté de lui, Nolan et Archer parlaient, riaient. Lui, silencieusement, se laissait habiter par le monde nouveau qui l'entourait. Il sentit le bras de Nolan lui entourer les épaules alors qu'ils avançaient tous les trois vers la sortie. Gidéon finit par laisser échapper un sourire radieux. Il était impatient de voir Huntington Beach.
Les deux amis s'inscrivirent à l'université : alors que Nolan choisit les arts dramatiques, ce fut en toute logique que Gidéon se porta vers les beaux-arts. Et enfin, ils eurent la liberté dont ils rêvaient. Colocataires dès leur arrivée, les deux zigotos se plaisaient à aller traîner à la plage et au soleil, à travailler un peu leurs cours le week-end, à enchaîner les grosses soirées et les rencontres inopinées. Le monde semblait nouveau, et Gidéon semblait revivre. Sa relation avec Nolan était ce qu'elle était : proches amis, ils ne s'embrassèrent plus, si ce n'était en soirée, suite à des paris ou avec un taux d'alcoolémie supérieur à celui de Gérard Depardieu.
Ils trouvèrent de petits jobs pour payer leur modeste appartement : Gidéon travailla en tant que fleuriste. Ce fut, contre toute attente, une expérience positive pour le jeune homme. Ses études le passionnaient mais retrouver le silence et la quiétude de la compagnie des fleurs et des plantes en général l'aidait à réfléchir à ses dessins, à s'imaginer des mondes, des ambiances. Cet emploi fut source d'imagination. Il dessina d'ailleurs nombre de fleurs excentriques, en noir et blanc, trouvant peu à peu son style parmi tous ceux présents à l'université.
Leur appartement était toujours en désordre mais ils en firent un endroit de rencontres et agréable pour les deux colocataires qu'ils étaient devenus. Plus que jamais, Nolan était la famille de Gidéon. Ils rencontrèrent chacun les camarades de promotions de l'autre, burent à outrance dans cet appartement qui pua vite la cigarette et les bières renversées.
Cela ne dura cependant pas bien longtemps.

" Fitz? " s'enquit un soir Nolan en passant la tête par l'embrasure de la porte de la chambre de son colocataire. Ce dernier leva la tête de ses dessins. " Faut que je te parle. " ajouta le beau tatoué venant s'asseoir sur le lit de Gidéon. " Je vais me marier! " annonça-t-il sans détour. Gidéon le regardait, hébété. Il ne savait pas réellement s'il était surpris. C'était Nolan, il était imprévisible, c'était aussi pour cela qu'il l'aimait autant. " Mischa? " demanda son vieil ami avec un petit sourire, presque moqueur. Nolan lui répondit également par un grand sourire. Gidéon savait à quel point il aimait cette jeune femme. Il ne le jugea donc point pour cette décision peut-être précipitée aux yeux de certains. " Congrats mec! " ajouta-t-il simplement, le visage illuminé pour son ami avant de se lever pour lui mettre une tape amicale sur l'épaule. Il ne connaissait Mischa que d'un grand nombre de soirée, mais ne savait pas grand chose sur elle. Il savait juste qu'avec son faux air angélique, elle avait conquis le coeur de Nolan. Et cela suffisait pour lui. Cela suffisait amplement.

Le tatoué déménagea rapidement avec Mischa, tant et si bien que Gidéon dut se mettre à la recherche d'un nouvel appartement. Il ne bougea pas bien loin et s'installa dans un minuscule trois pièces qui fit son bonheur. Sa seule compagnie était un Alocasia, offerte par son patron lorsqu'il avait obtenu son diplôme des beaux-arts.

The Island;;Pendulum

L'absence de Nolan dans son quotidien ne l'empêcha pas de passer encore de longs moments en sa compagnie. Il continua les soirées à outrance, à ingurgiter des quantités d'alcool impressionnantes. Il sortit cependant beaucoup plus en solitaire, souvent accoudé au bar au milieu de la folie des soirées étudiantes. Avec son allure originale et son accent britannique marqué, il ne passait guère inaperçu et se fit séduire de toutes parts. Il eut quelques histoires, des coups d'un soir. Il embrassa beaucoup de personnes : des filles, des garçons. Des blondes, des rousses, des grands gaillards et des garçons plus fluets. Il en revit quelques uns, mais jamais ne se remit en couple.
La musique lui manquait. Il se mit à apprendre la guitare, la nuit, devant des vidéos sur internet. Le piano faisait partie de son passé, et pourtant, le contact des touches lui manquait énormément.

Le jeune homme travaillait toujours comme fleuriste, mais chercha un emploi en rapport avec sa passion première : le dessin. Les piles de ses créations prenaient énormément de place dans son appartement qui prit rapidement l'apparence d'un atelier d'artiste. Personne ne voulut de ses dessins : les maisons d'éditions, les journaux, les galeries d'arts n'en voulaient pas ou payaient misère. Il dut se résigner à garder son emploi de fleuriste. Et même si c'était une occupation qui lui plaisait, ce fut la mort dans l'âme qu'il le fit.
Au bout de quelques années, alors qu'il avait 26 ans, il commença à avoir quelques projets plus définis : il décida d'économiser pour ouvrir sa propre affaire. Nolan faisait toujours partie de sa vie. Son histoire avec Mischa n'avait pas duré, et tout semblait compliqué pour lui. Ils continuèrent donc leurs sorties, trainaient l'un chez l'autre. Gidéon ne pouvait qu'admirer le cran de son ami, son grain de folie qui l'animait en permanence. Il adorait danser avec lui, une bouteille de bière à la main, dans son appartement, menaçant de casser les verres de la table du salon et même son vieil ordinateur. Ils en eurent encore beaucoup, des nuits de confessions, où ils se regardaient les yeux dans les yeux, faisaient des batailles de coussins comme lorsqu'ils étaient enfants. Leur complicité évoluait en même temps qu'eux.
Les années passèrent ainsi; à Huntington Beach également, ils devinrent le duo infernal. Quasiment inséparables, on les connaissait de réputation, comme étant les deux copains qui rentraient toujours en se tenant l'un à l'autre. Parfois aussi, on les retrouvait, le matin, cachés derrière des poubelles en train de dormir, et les deux acolytes, se réveillant avec les premiers rayons du soleil, couraient prendre une douche avant d'arriver en catastrophe sur leur lieu de travail. Leur problème commun, et ce qu'on leur disait bien souvent avec un air savant, c'était qu'ils ne voulaient pas vraiment grandir. Coincés dans cet éternel rôle d'adolescent ou d'étudiant, ils fuyaient plus ou moins les responsabilités à deux. Gidéon vivait toujours dans son petit trois pièces relativement miteux mais s'en satisfaisait. Il économisait ses paies pour son projet qui, dans sa tête, prenait doucement forme la nuit, alors qu'il dessinait machinalement et presque désespérément.

Il arriva promptement sur ses trente ans, mais sa vie n'avait guère changé. Nolan et lui continuaient de faire les quatre-cent coups comme deux adolescent. Il n'avait toujours demandé aucune nouvelle à ses parents, il n'était pas reparti à Manchester. Sa vie était à Huntington Beach. Il s'était habitué à cet accent américain, si différent du sien. Il avait appris à aimer le soleil qui tappait des mois durant, à fêter Noël cachés sous un parasol. La présence de la plage à proximité l'inspirait. Ils y firent des soirées à deux, avec de nombreuses bouteilles. Il y emmena un homme dont il s'était amouraché mais qui eut peur ... d'être homosexuel.
Sa soirée d'anniversaire commença dans les bars d'Huntington Beach par une nuit chaude. Les amis de leurs amis étaient venus participer à l’événement rempli de promesses. Gidéon paya nombre de tournées - le lendemain il retrouva les tickets de caisse et son mal de tête et lui ne les comprirent pas tous. Il se retrouva également tatoué sous le bras - un rond. Oui, un rond. Aujourd'hui, il l'explique comme étant le symbole du cercle infini, du temps cyclique. Au fond, il sait qu'il devait avoir marmonné deux mots à peine compréhensibles au tatoueur, tenté de dessiner un rond qui devait ressembler à une patate comme s'il s'agissait de l'idée du siècle et ... voilà. Un ROND quoi.
Ils finirent la nuit sur la plage. Ils étaient une dizaine d'épaves humains à essayer d'avoir la conversation la plus profonde possible. " Et les baleines... Elles respirent du sel... " avait surenchéri Nolan alors que Gidéon s'était assoupi sur son épaule, une bouteille de bière à la main qui menaçait de se renverser sur leurs jambes.
Ce dernier ouvrit un œil, puis le second, alors que le soleil se levait doucement à l'horizon. Le bruit de la vie diurne n'allait pas tarder à se faire entendre. Sa bouche était pâteuse et il avait mal sous son bras gauche. Nolan le regardait se redresser vaguement et tenter de ne pas tomber comme une masse de l'autre côté. Ils n'étaient plus que cinq. Les trois autres fêtards ramassaient lentement leurs affaires, sur le départ. Nolan, lui, semblait presque... sobre. Et alors que Gidéon tentait cette fois ci de se mettre debout sur ses deux jambes qui n’obéissaient plus, Nolan l'attrapa sous le bras. Après un cri de douleur de Gidéon - enfin, par "cri", comprenez "râle" -, Nolan s'enquit de le ramener chez lui, le soleil rouge dans leur dos diffusant ses primaires lueurs sur la première journée où Gidéon aurait fièrement 30 ans. Presque.
Ils mirent quelques minutes, l'un tenant sur l'autre, à trouver le trou de la serrure de chez le barbu. Ft puisqu'ils s'étaient appuyé de tout leur saoul sur la porte, ils finirent par terre dès qu'elle s'ouvrit par on ne sait quel miracle. Gidéon commença a ramper jusqu'à son canapé alors que Nolan se relevait pour se tenir à chaque meuble qui longeait l'entrée, puis le salon.
Alors que le fleuriste ronflait déja, la main de Nolan frôla plusieurs dessins qui tombèrent sur le sol. Encore saoul, le beau tatoué se baisser pour les ramasser, mais c'est assis qu'il finit par les regarder avec insistance. Il reconnaissait ce décor. Ce banc. Ces réverbères. Cette pâle lumière anglaise, ce parc. Ces silhouettes liées l'une à l'autre. En bas de la feuille de dessin, l'on pouvait voir la date. Et c'était celle de la veille.

La dispute avait été violente. Gidéon ne s'était pas rendu compte de l'importance de son dessin jusqu'à ce que Nolan ne le réveille, preuve à l'appui, et ne lui demande des explications. Le dessinateur avait balbutié quelques arguments mais les mots lui avaient manqué. Tous les deux avaient encore de l'alcool dans le sang, mais la discussion qu'ils étaient en train d'avoir les avait bel et bien réveillés. Les gestes devenaient brusques. Le visage de Nolan était glacial et ses traits d'habitude emplis de chaleur étaient devenus presque inconnus à Gidéon, qui lui, faisait monter le niveau sonore de sa voix grave. Leurs cris s'entrecoupaient de pauses aux toilettes, où chacun essayait de reprendre ses esprits. Mais c'était chose vaine. La réalité était là, ils le savaient. Gidéon était encore amoureux de Nolan. Il le sut car alors qu'il lui hurlait dessus, il eut envie de l'embrasser et de le serrer dans ses bras. Mais son acolyte, en face de lui, ne pensait guère la même chose.
La porte de l'appartement finit par se claquer.
Et le jour de ses 30 ans, Gidéon finit par perdre, sans l'aide de ses parents, son être le plus cher.

Le Phare;;Yann Tiersen

C'était le jour du grand départ. A présent, Gidéon avait 32 ans. Depuis quelques mois. On était en aout, et pour la première fois depuis des années, il reposait les pieds dans l'aéroport John Wayne. Le soleil, comme le jour de son arrivée, était de la partie. Les individus passaient, se pressaient autour de lui. Mais lui était en avance. Il s'avança doucement pour aller s'enregistrer sur son vol et déposer ses gros bagages. Il partait six mois, alors il avait pris ce qu'il avait pu. Dont sa guitare. Il avait sous-loué son appartement et y avait laissé sa plante.
A la sécurité, on lui demanda ses papiers d'identité, son passeport. On lui demanda son nom, qu'il n'avait certainement pas prononcé entier depuis bien des années. Cela lui fit un coup ; il suffit de quelques mots pour le rappeler à son passé. " Annibal Gidéon Fitzgerald" fit-il en essayant de ne pas flancher. Il n'était plus un Fitzgerald depuis bien longtemps. Et Annibal, ce prénom choisi par sa mère, il l'avait abandonné depuis un long moment également.
Enfin, il embarqua dans l'avion qui l'emmena à New York. Contre le hublot, il se remémora, la seule fois qu'il avait volé dans les airs. Avec Nolan et Archer. Lorsqu'il pouvait encore sentir le contact de son meilleur ami contre lui. Qu'il entendait encore sa voix. Il se souvint qu'il s'agissait déjà de retrouvailles, que déjà à l'époque, ils avaient été séparés. Oui, mais le contexte était bien différent. Cette fois-ci, Nolan n'avait rien à faire de son voyage. Il ne le saurait probablement jamais. Il ne saurait jamais qu'il avait fait une escale à New-York - New-York !! - avant d'atterrir à Paris. Paris, la ville d'origine de sa mère. Une ville qu'il redoutait comme un démon mais que pourtant il rêvait de vaincre.
A l'aéroport Charles de Gaulle, Gidéon remarqua tout de suite la différence d'ambiance. Oh, les voyageurs et les staffs l'entouraient toujours, se pressant, faisait claquer leurs chaussures sur le sol sans doute fraîchement nettoyé du hall dans lequel il se trouvait. Mais tout était immense. Il comprit qu'il était dans une capitale. Que cela n'avait rien à voir avec Huntington Beach ni Manchester. Avec ses valises et sa guitare sur le dos, le grand barbu avança, levant les yeux autour de lui, jusqu'à la sortie, et héla un taxi.

Le studio qu'il avait loué était minuscule. Mais peu importait. Il avait la place d'y ranger quelques habits, de sortir une brosse à dents et de poser sa guitare au pied du lit. Il ne demandait guère davantage.

Nolan n'en saurait jamais rien. Nolan ne saurait jamais qu'il avait fait la fête avec des français. Qu'il avait rencontré un beau brun, intelligent, serviable. Roman, il s'appelait. Que la formation pour gérer un bar à laquelle il venait participer, lui plut énormément. Au-delà de ses espérances. Qu'enfin, peut-être, il aurait l'occasion de trouver un but à sa vie. Il y passa six mois, mais il y découvrit un univers à part entière. Il comprit presque l'austérité de sa mère. Il passa devant de nombreux restaurants de luxe en songeant à ses géniteurs, fit un stage de pratique dans un bar du centre de Paris. Il parla un peu français. Sortit beaucoup. Prit les derniers métro, complètement éméché et seul. Il parla à des sans domicile fixes, se fit draguer par de petites minettes qui trouvaient son accent "charmant". Il alla à quelques concerts dans des bars miteux, joua de la guitare à point d'heure dans son studio, et mangea des pâtes. Beaucoup de pâtes. Il découvrit le café à la française, noir, très fort, et se mit, avec le temps et l'expérience de l'homme fatigué et endormi, à l'apprécier. Il mangea des tonnes de croissants bien français, goûta les escargots mais les recracha aussitôt dans son assiette, lançant un regard désolé au serveur qui venait de lui apporter. Il visita quelques musées gratuits, et même un payant, avec Roman, qui se faisait un plaisir de lui faire découvrir la ville. Il montèrent en haut de la Tour Eiffel, et malgré l’essoufflement des poumons fatigués par le tabac de Gidéon, le beau français l'embrassa devant les toits de Paris, au-dessus desquels un soleil timide venait faire ses retrouvailles avec l'anglais. Et à ce moment précis de son existence, Gidéon songea que peut-être, au fond, il y avait une petite partie de romantique en lui.

Il revint changé de Paris. Plus sûr de lui, peut-être par certains aspects. Mais aussi avec de nouvelles convictions. Les Français, avec leurs qualités et leurs défauts, avaient changé quelque chose en lui. Il s'était rendu compte, lui-même, de ses forces et de ses faiblesses. Et n'en ressortait que plus fort.

A Light (Day);; Charlie Winston

En Janvier 2015, il revint plus mature. Il venait de vivre six mois harassants, de découvrir une partie de ses origines. Et il avait beau encore détester ses parents plus que tout au monde, il fallait admettre que Paris... Paris avait de la gueule. Paris, totalement cosmopolite, avec ses joueurs d'accordéon, ses étudiants, ses hommes d'affaires. Avec ses architectures totalement différentes.
Et Roman. Paris et son Roman. Ce beau brun, aux yeux bleus, charmeur lorsqu'il essayait de parler anglais. Roman et ses doux baisers, Roman et son appartement ancien, au parquet soigné et aux fleurs omniprésentes. Roman à l'odeur épicée et à la fougue inégalable. Roman... qu'il avait quitté avant son départ. Rien ne servait de se faire de fausses promesses. Une relation à distance n'est certainement pas impossible. Mais ils étaient séparés par 9107 kilomètres, soit un océan et les Etats-Unis. Et aucun d'eux n'était riche. Et Skype, à lui seul, ne pouvait maintenir leur relation. Mais il avait gardé, précieusement, l'appareil Polaroïd, présent de son ex-amant et les clichés qu'ils avaient pris grâce à lui. Et surtout, il avait gardé, précieusement ses souvenirs.

Il avait rapidement retrouvé ses habitudes. Son petit appartement, sa plante. Le cri des mouettes lorsqu'il déambulait dans une rue qui s'approchait de la plage. Il avait revu les visages familiers, recroisé son patron de fleuriste, qui l'avait salué comme l'aurait fait un ancien boss : avec un geste de la main, un sourire et une question banale.
Gidéon avait retrouvé ses amis de Huntington Beach. Sa vie allait recommencer, il se le promit. Huntington Beach était sa maison. Son voyage à Paris lui avait fait réaliser à quel point l'Europe ne lui manquait point.
Ses économies y passèrent. Il trouva un local, non loin de la plage, d'ailleurs. Un joli et assez grand local. Les idées fusaient dans son esprit depuis longtemps, il était grand temps d'en faire quelque chose de concret. Il commença les travaux. Tous les matins, il se faisait son café, sortait sous le soleil et allait admirer leur avancement.

HUNTINGTON BEACH. FEVRIER 2015.
Le trentenaire Gidéon Fitzgerald ferme à clé la porte de son bar. Il est presque trois heures du matin. L'homme parait paisible, mais en réalité, dans son esprit, c'est l'apocalypse.
Il va réaliser son rêve. Il est fier. Il imagine la soirée de lancement. Les sourires, la musiques, de nombreuses oeuvres accorchées sur les murs aux côtés des polaroïds des clients, les livres.
Alors lorsque ses pas résonnent dans la nuit calme et sombre d'Huntington Beach, Gidéon est plongé dans les entrailles de ses pensées.[...] La silhouette du grand et mince brun se noie peu à peu dans la brume américaine, abandonnant pour quelques heures son établissement, son enfantement, l'aboutissement de tant de travail et d'amour. Ce que l'homme considère comme l'oeuvre de sa vie.



Derrière l'écran :

Coucou tout le monde, je débarque sur H.B alors que personne ne me connaît alors autant faire les choses bien non ?! Tout d'abord il faut savoir que dans le monde des forums mon pseudo est bemolle, tandis que mon prénom est celui de la faiseuse d'arc-en-ciels, eh ouais tavu. Je suis âgé(e) de 24 bougies et je vis actuellement du côté de pas loin du Pays de la Cigarette Pas Chère. Ce que je fais dans la vie ? ça ne vous regarde pas :p Passons aux choses sérieuses, j'ai connu ce forum sur l'ordinateur de quelqu'un, ma première impression en le voyant a été eh mon mignon, t'as un 06?. Côté rp je vous préviens que mes fréquences de connexion seront de 5j/7 et que mon niveau rp est de en moyenne environ 2000 mots je pense. Concernant mon personnage j'ai choisi l'homme au chapeau, à la barbe et aux chaussettes roses : Charlie fucking Winston comme célébrité, pas mal non ? Si vous avez bien lu ma fiche vous savez d'avance que je choisis u can't buy hapiness comme groupe ! Au fait j'allais oublier le code du règlement je le connais et il a été validé par Neela. A bientôt sur le forum ♥

_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.


Dernière édition par Gidéon Fitzgerald le Mar 10 Mar 2015 - 21:25, édité 51 fois
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Adèle K. Sorrow
GOOD COP


› MESSAGES : 2002
› EMMENAGEMENT LE : 16/06/2014
› AGE : 30
› STATUT CIVIL : En couple avec Greyson Hamilton.
› QUARTIER : Habite en Nouvelle-Orléans, mais vient de s'offrir un appartement à Pacific Lane.
› PROFESSION/ETUDE : Présidente et fondatrice de la Fondation David-Kane située en Louisiane.
› CELEBRITE : Amanda Seyfried
› COPYRIGHT : lolitaes(avatar)
When suffering is daily, we still he survive?

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 20:10

C'est toute une fiche que je vois là. Je fais en faire ma lecture de ce soir :3

Bienvenue parmis nous. Amuse-toi bien ! Si tu as le moindre questionnement le staff est là pour toi  

edit : lol ! je pensais que c'était un nouveau. hihi mon premier message officielle de staffeuse est un floop
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Neela Meyers
THIS WORLD IS MINE


› MESSAGES : 15858
› EMMENAGEMENT LE : 02/03/2013
› AGE : 31
› STATUT CIVIL : en relation passionnelle avec son cheeseburger parce qu'il n'y a que ça de vrai. en couple avec imran devil johar et il est boiling hot. maman de la petite maya meyers aka cutest baby girl ever.
› QUARTIER : presidente drive.
› PROFESSION/ETUDE : médecin, chirurgien cardiaque.
› DOUBLE COMPTE : naya m. quinton, la garce sublimissime que tout le monde déteste + taleisha campbell, aka da delicious cookie.
› CELEBRITE : vidya balan.
› COPYRIGHT : ranipyaarcreation.


MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 20:12

dommage que tu 'as dû reposter mais ce n'est pas bien grave hâte de lire tout ça !

_________________

le petit tumblr magique de neela meyers : tumblr

haske dikha go deewane ko, jo ho raha hai ho jaane do. dil ke uljhan zubaan pe, aati hai to aa bhi jaane do. yeh hoton ki narmi yeh sanson ki garmi mere liye hai bas mere liye hai. show your smile to this crazy man, and let whatever is happening happen. the trouble of my heart is on my lips, let whatever is coming come. the softness of your lips, the warmth of your breath are mine, only mine.” (sholon si, shabd)
Revenir en haut Aller en bas
http://ranipyaarcreation.tumblr.com/ En ligne

Invité
Invité



MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 20:23

on va avoir le droit à un concurrent de Lili ! Non je plaisante !
Ça promet d'être une longue fiche !
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Ally N. Fleming
super lama en quête de secrets


› MESSAGES : 4300
› EMMENAGEMENT LE : 17/07/2013
› AGE : 31
› STATUT CIVIL : Célibataire au cœur brisé, sorcière aux dents aiguisées. Dans une liaison réconfortante et passionnée avec les sushis. Entretient une relation à distance avec sa meilleure amie Jagger Dickens.
› QUARTIER : Pacific Lane
› PROFESSION/ETUDE : Médecin légiste fraichement diplomée, exerce à l'hôpital Saint John.
› CELEBRITE : Emma Stone
› COPYRIGHT : Avengedinchains ♥


MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 22:05

    Elle a toujours fait des fiches de fou la pauvre Du coup elle aurait pu être plus prévoyante, espèce de blonde !


_________________


❝ it's part of me,
apart from me

My body is a cage that keeps me from dancing with the one I love, but my mind holds the key. I'm living in an age that calls darkness light; though my language is dead, still the shapes fill my head. I'm living in an age whose name I don't know; though the fear keeps me moving, still my heart beats so slow.

Revenir en haut Aller en bas
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mer 4 Mar 2015 - 22:11

    Haha t'inquiète Adèle, c'était un entrainement auquel je suis happy d'avoir participé héhé
    Merci en tout cas Neela pour ta compréhension T'inquiète la lecture sera pour bientôt hihi
    Ouais j'aime bien faire des fiches complètes! :-)
    Ally, je ne suis pas blonde, puis c'est l'hôpital qui se fout de la charité haha !



_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité



MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Jeu 5 Mar 2015 - 17:46


    JE T'AIME BB, ta fiche c'est la plus cool de l'univers et non, je ne suis pas biaisée of course (le premier qui lit "baisée" a gagn*pan* )

       
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Jeu 5 Mar 2015 - 22:05


    Nolan J. Buckley a écrit:

      JE T'AIME BB, ta fiche c'est la plus cool de l'univers et non, je ne suis pas biaisée of course (le premier qui lit "baisée" a gagn*pan* )

         

    OMG mais épouse-moi quoi!    
    (Merciiiiiiiii bb !! Je suis tellement honorée qu'elle te plaise   )
    Et j'ai gagn... /BAM/  

_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.
Revenir en haut Aller en bas

Invité
Invité



MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mar 10 Mar 2015 - 9:54


    Putain de merde, que cette fiche est parfaite. Gidéon est parfait. Damn. DAAAAAMN.
    Que je t'aime, tout simplement !!!
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Mar 10 Mar 2015 - 12:33



    YAYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY God ce message de OUF Tellement contente qu'elle te plaise mon amour, j'annonce officiellement qu'elle t'est dédicacée, voilà !! Je t'offre Gidéon et tout mon amour avec !



    Et ma fiche est officiellement finie les amis !


_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Neela Meyers
THIS WORLD IS MINE


› MESSAGES : 15858
› EMMENAGEMENT LE : 02/03/2013
› AGE : 31
› STATUT CIVIL : en relation passionnelle avec son cheeseburger parce qu'il n'y a que ça de vrai. en couple avec imran devil johar et il est boiling hot. maman de la petite maya meyers aka cutest baby girl ever.
› QUARTIER : presidente drive.
› PROFESSION/ETUDE : médecin, chirurgien cardiaque.
› DOUBLE COMPTE : naya m. quinton, la garce sublimissime que tout le monde déteste + taleisha campbell, aka da delicious cookie.
› CELEBRITE : vidya balan.
› COPYRIGHT : ranipyaarcreation.


MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Sam 14 Mar 2015 - 20:42

j'adooooooooooooore d'un adoooooooooorement adorateuuuuur je m'en fous si ce que je viens de dire n'est pas français mais voilà, je kiff, et je valide !

_________________

le petit tumblr magique de neela meyers : tumblr

haske dikha go deewane ko, jo ho raha hai ho jaane do. dil ke uljhan zubaan pe, aati hai to aa bhi jaane do. yeh hoton ki narmi yeh sanson ki garmi mere liye hai bas mere liye hai. show your smile to this crazy man, and let whatever is happening happen. the trouble of my heart is on my lips, let whatever is coming come. the softness of your lips, the warmth of your breath are mine, only mine.” (sholon si, shabd)
Revenir en haut Aller en bas
http://ranipyaarcreation.tumblr.com/ En ligne
avatar
Gidéon Fitzgerald
lama en évolution


› MESSAGES : 202
› EMMENAGEMENT LE : 16/02/2015
› AGE : 35
› PROFESSION/ETUDE : Propriétaire, gérant & barman du Red Dragon ; dessinateur / illustrateur de formation ; ancien fleuriste.
› DOUBLE COMPTE : Saskia & Bianca
› CELEBRITE : Charlie Winston
› COPYRIGHT : RaniPyaar, Northern Lights, Sparkling Lux

MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   Sam 14 Mar 2015 - 23:06

    OMGGGGGGGGGGGGG
    MERCIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!

_________________
    it's a life of joy,
    it's a life of fears
    I've got this light, I'll be around to grow.[...] I'll take this soul that's inside me now like a brand new friend. I'll forever know I've got this light. And the will to show will always be better than before.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE   

Revenir en haut Aller en bas
 

GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» GIDEON ;; Gonna rise up , burning black holes in dark memories. Gonna rise up, turning mistakes into gold. - TERMINEE
» Chevron 7
» [E3] Eternal Crusade, un MMO Warhammer 40K
» Brassage partenariat - Black IPA/Cascadian Dark Ale
» Photo de Rosacée : Cotonéaster à fruits noirs - Cotoneaster laxiflorus - Cotoneaster melanocarpus - Black-fruit cotoneaster - Dark-seed cotoneaster

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
HUNTINGTON BEACH ™ ::  :: •• LES CARTES D'IDENTITES :: •• FICHES VALIDEES-